2 > 8 mai 2018

Infidèles

Ingmar BERGMAN

TG STAN & DE ROOVERS (Belgique)

 

création au théâtre Garonne

 

Infidèles

Ingmar Bergman
Tg STAN & De Roovers [Belgique]

« Il y a une représentation si ces trois éléments sont présents : la parole, le comédien, le spectateur. C'est tout ce dont on a besoin, on n’a besoin de rien d’autre pour que le miracle se produise. »
Ingmar Bergman, Après la répétition

« Nous avons dansé ensemble toutes les figures que l’on peut imaginer: passion, tendresse, folie, trahison, colère, grotesque, ennui, amour, mensonges, joie, naissances, coup de tonnerre, clair de lune, meubles, articles ménagers, jalousies, grands lits, lits étroits, adultères, dépassements des limites, bonne foi – et encore – , larmes, érotisme, rien qu’érotisme, catastrophes, triomphes, contrariétés, injures, bagarres, angoisse, angoisse, désir, ovules, sperme, menstrues, départs, slips – et encore –, mieux vaut en finir avant que ça ne déraille – impuissance, lubricité, horreur, approche de la Mort, la Mort, nuits noires, nuits d’insomnie, nuits blanches, musique, petits déjeuners, des seins, des lèvres, des images, tourne-toi vers la caméra et regarde ma main, je la tiens à droite de la brochure, peau, chien, les rituels, le canard braisé, le bifteck de baleine, les huîtres abîmées, tricheries, cachotteries, viols, beaux habits, bijoux, attouchements, baisers, épaules, hanches, lumière étrangère, rues, villes, rivales, séducteurs, des cheveux dans le peigne, les longues lettres, les explications, tous les rires, le vieillissement, les ennuis de santé, les lunettes, les mains, les mains, les mains – voici que je termine ma litanie –, les ombres, la douceur, je t’aide, la côte à l’horizon, la mer – et maintenant, le silence. La montre en or de mon père, avec son verre fendu, fait son tic-tac sur le napperon au crochet sur la table, elle marque minuit moins sept. »
Ingmar Bergman, Laterna Magica

 

Après Scènes de la vie conjugale et Après la répétition (créées au théâtre Garonne en 2013), Stan revient à Ingmar Bergman. L'envie de sonder plus profondément l'œuvre est partagée par Robby Cleiren, qui a participé à des spectacles de STAN tels que Trahisons, Les Estivants, The Monkey Trial et La Cerisaie et dont la compagnie, DE ROOVERS, coproduit le spectacle. Il s'agit d'une première collaboration avec Ruth Becquart, surtout connue pour son travail à la télévision au cours de ces dernières années.

Infidèles est basé sur le scénario du même titre de 1996 et sur Laterna Magica, l'autobiographie de Bergman, apparu en 1987. La pièce veut être un hommage à Ingmar Bergman, et en premier lieu à Bergman l'écrivain. Dans Infidèles, Bergman lui-même entre aussi en dialogue avec ses personnages et le « je » de l'écrivain est intégré dans la pièce. Cette exploration de la dimension autobiographique ne bascule cependant pas dans le voyeurisme, la confession ou le portrait psychologisant, mais illustre combien Bergman savait se montrer subtil et impitoyable en exposant les rapports humains.

La lecture théâtrale « ingénue » de l'œuvre fera ressortir encore davantage la lucidité et l'humanité, la vitalité et l'humour de l'œuvre bergmanienne. La pièce sera un hommage sans aucun artifice, une déclaration d’amour, un geste de respect et d'admiration refusant l'idolâtrie.

 

Dates de tournée

Le Parvis, scène nationale Tarbes Pyrénées, 14 et 15 mai 2018

Le Bois de l'Aune / Aix-en-Provence, 24 et 25 mai 2018

Théâtre
2 > 8 Mai
mer 2 mai / 20:00jeu 3 mai / 20:30ven 4 mai / 20:30sam 5 mai / 20:30lun 7 mai / 20:00mar 8 mai / 20:00
théâtre Garonne
durée 1h20
Création Garonne / Compagnie associée
de 14 à 27€
InfidèlesGénérique
Création Garonne / Compagnie associée

de et avec Ruth Becquart, Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Frank Vercruyssen
texte Ingmar Bergman

production tg STAN et De Roovers
coproduction Festival D’Automne (Paris), Théâtre de la Bastille (Paris), théâtre Garonne (Toulouse)

création le 2 mai 2018 au théâtre Garonne - scène européenne Toulouse

Le Parvis, scène nationale Tarbes Pyrénées, 14 et 15 mai 2018
Le Bois de l'Aune / Aix-en-Provence, 24 et 25 mai 2018

InfidèlesEntretien

Q. Pourquoi revenir à Garonne avec Bergman après deux projets plus intimistes : Après la répétition et Scènes de la vie conjugale, et avec un projet plus ample ?
Frank Vercruyssen : Le point de départ, c’est l’amour pour l’écriture de Bergman. J’ai eu un coup de foudre en travaillant sur ces pièces que j’ai créées au théâtre Garonne. Et Jolente De Keersmaeker et Robby Cleiren jouaient dans la scène filmée de Scènes de la vie conjugale.

Q. Il va aussi y avoir un dialogue de formes. Car le texte de départ n’est pas écrit pour le théâtre. C’était aussi le cas pour Scènes de la vie conjugale qui était écrit pour la télévision.
F. V. : Les dialogues chez Bergman sont très solides théâtralement. A l’origine, le travail portait sur les pièces et ensuite je me suis vraiment découvert un amour pour l’écriture elle-même. Je m’y suis sentie chez moi. J’ai voulu creuser cette relation mais dans une recherche plus globale. Le point de départ de cette nouvelle création ne va pas être un texte mais deux. Sur la table, il y a Infidèles qui est un scénario de 1997 dont nous sommes tombés amoureux, à partir duquel Liv Ullmann a réalisé un film (en 2000). Un deuxième élément est Laterna Magica, une autobiographie de Bergman.

Q. Est-ce que vous allez faire un montage de textes ?
F. V. : Bergman lui-même est très présent dans ses textes. Ce « Je » est parfois très explicite, il se questionne. Infidèles par exemple commence par Bergman qui interviewe une femme, ou plutôt une femme qu’il invente face à lui, qui devient réelle et va vivre des choses particulières. Il est donc  présent en tant que personne sur le plateau aux côtés des personnages qu’il a inventés, il y a une interaction entre eux. Il faut dire que l’œuvre de Bergman a été très influencée par sa vie, il a été sans gêne pour utiliser des éléments autobiographiques. Il a usé, abusé de sa vie personnelle pour créer des choses. Les pièces Scènes de la vie conjugale et Après la répétition sont très influencées par les comédiens avec lesquels il a travaillé à ces moments. Cette vie et cette littérature s’unissent sous sa plume.

Q. Tu parles de tomber amoureux des textes. Bergman tombait souvent amoureux de ses actrices.
F. V. : Chez STAN, on n’est pas aussi explicitement autobiographique, on se cache un peu plus mais les personnalités se dévoilent sur le plateau. Je trouve qu’il a fait ça avec beaucoup d’élégance. Il n’y a pas d’aspect confessionnel, impudique ou pervers dans ses choix intellectuels et artistiques qui restent pudiques. Il n’est pas dans le psychodrame mais dans une connaissance approfondie des relations humaines qui est très attirante. Son art des dialogues est fantastique pour le plateau. Cela parlera bien sûr d’amour et de tromperie, un sujet très important chez lui, mais aussi de beaucoup d’autres choses.

On a l’ambition avec Jolente, après Trahisons de Pinter et The Way she dies de ne pas se limiter à un couple qui parle. Cette possibilité d’aller plus loin est déjà contenue dans l’écriture d’Après la répétition et de Scènes de la vie conjugale.

Q. Bergman est un homme de théâtre qui a monté beaucoup de pièces, c’est aussi un homme de cinéma qui a beaucoup travaillé sur l’image, est-ce un héritage esthétique, textuel ou narratif dont les Stan se revendiquent ?

F. V. : Pour moi il y a, par ordre d’importance, d’abord l’écrivain, puis le cinéaste et enfin l’homme de théâtre, que je ne connais presque pas. Je n’ai jamais vu un spectacle de lui, j’ai juste entendu des histoires. Il était plutôt classique et théâtre national, un homme de répertoire. Je ne sais pas si j’aurais aimé ses spectacles. Je crains que non. Pour ce qui concerne les films, je ne suis pas du tout spécialiste de cinéma. Ce sont donc forcément ses textes, ses scénarios, sa production sur papier qui nous intéressent bien plus que le reste. Les autres pans de son œuvre sont pour nous plutôt documentaires, ils s’ajoutent à notre matériau mais ils ne constituent pas du tout notre point de départ. On a regardé les films d’Après la répétition et Scènes de la vie conjugale après avoir lu les scénarios. Et c’est paréil avec ‘Trolösa’ (Infidèles), le film de Liv Ullmann : on s’en sert comme d’un outil pour avancer dans l’écriture de notre spectacle. De même pour cette nouvelle création, je joue avec l’aspect visuel de l’œuvre de Bergman, c’est un aspect que je veux davantage mettre en valeur cette fois-ci.

Q. Est-ce que vous envisagez la pièce comme un hommage ?
F. V. : Le terme hommage est désuet. Bernhard disait qu’ « admiration » est un terme inutile ! Tout ce que l’on fait relève de l’hommage car nous choisissons certains textes, car nous les aimons et nous souhaitons transmettre cet amour. Nous voulons communiquer ce que ces artistes ont offert au monde. Donc forcément, le choix de textes est déjà un geste de respect et d’admiration, une forme d’éloge. Ce sont les mots imprimés sur le papier qui comptent. Le plus grand hommage qu’on puisse rendre est de faire un spectacle qui tienne à partir de ça. Il ne s’agit pas du tout d’une démarche idolâtre, il ne s’agit pas de dresser un moment aux auteurs. Et Bergman n’avait rien de monumental. C’est impossible, il n’aurait pas eu cette liberté, cette connaissance et ce regard. Ses films sont très différents de ses textes, ils sont parfois plus monumentaux et beaucoup plus sérieux.

Q. Quelle liberté peut-on prendre avec un tel auteur et de tels textes ?
F. V. : Ça nous allons le découvrir, je pense. Le film Après la répétition est tourné comme une pièce de théâtre, une captation. Pour Scènes de la vie conjugale, c’était un peu différent car il fallait théâtraliser le matériau filmique et le transposer pour le plateau. Pour le présent projet, la recherche est pareil. Il nous faudra chercher une version théâtrale des textes sur lesquels on va travailler. L’œuvre de base est Infidèles, ça c’est clair.

Q. D’ailleurs vous aimez aussi mettre de l’air dans les textes.
F. V. : Oui bien sûr, je trouve que la théâtralisation de ces textes qui sont écrits pour l’écran nous donne déjà beaucoup plus d’oxygène. J’en suis convaincu. Transposer ces textes sur le plateau nous donne de l’air et met leur ironie, leur autodérision en valeur. Les choses acquièrent plus de légèreté, ce qui est très important. Certains auteurs parlent de choses graves, existentielles, etc. mais sans avoir l’humour de Bergman, son autodérision, sa lucidité, qui se voit renforcée sur le plateau. Et bien sûr, c’est ça que l’on recherche.

Q. Pourquoi Bergman aujourd’hui ? Vous considérez-vous comme des passeurs de son œuvre ?

F. V. : Tout à fait et c’est la quintessence de notre existence en tant que compagnie. Les gens les plus importants dans notre compagnie sont les écrivains. Et nous sommes comme des outils entre leurs mains. Il ne faut pas non plus sous-estimer la vanité des comédiens qui souhaitent être visibles sur le plateau. Mais le point de départ de notre travail est toujours notre amour pour un texte. Je lis un texte et je demande aux autres ce qu’ils en pensent. Ou Jolente lit un texte et parce qu’elle le trouve phénoménal, elle estime que ça a un sens de le mettre sur un plateau. Et cetera... Pour que dans ce monde rude et violent, nos sociétés puissent retrouver leur santé. Des auteurs comme Tchekhov, Bergman ou Bernhardt sont indispensables pour que notre société et notre civilisation soient un peu plus saines et humaines. Et c’est cette humanité qui nous attire à chaque fois. C’est pour nous très important. C’est pour cela que nous sommes des médiums entre les écrivains et les gens. Et on espère que notre interprétation du texte aide à mieux entendre le texte.

Propos recueillis par Ida Jakobs & Adèle Cassigneul

théâtre Garonne en mai 2017, actualisé en mars 2018

 

Ingmar Bergman / Tg STAN & De RooversPortrait

Le collectif tg STAN est fondé en 1989 par quatre élèves du Conservatoire d’Anvers (Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo, Damiaan de Schrijver et Frank Vercruyssen); la compagnie a pour règle d'or de travailler collectivement en se passant de metteur en scène. Les metteurs en scène sont les comédiens dont le travail théâtral s'attache à remettre en question les codes de la scène : briser l’illusion théâtrale, épurer le jeu de tout artifice et laisser apparaître les divergences éventuelles d'interprétation et de jeu ; ceci dans le but d’intégrer le spectateur à la représentation et de le rendre actif. Il s’agit aussi de refuser toute classification : d’où le nom STAN qui signifie S(top) T(hinking) A(bout) N(ames). Le répertoire s’étend de Büchner à Tchekhov, en passant par Bernhard, Ibsen, Schnitzler, Pinter, Gorki ou encore Peter Handke, et se joue en néerlandais, français et anglais.

tg STAN a présenté au théâtre Garonne

JDX, un ennemi du peuple d’après Ibsen, 2000

Les Antigones de Cocteau et Anouilh, création au Théâtre Garonne, 2001, reprise 2009

Tout est calme de Thomas Bernhard, 2002

Du serment de l’écrivain du roi et de Diderot, création de la version française, 2003

Poquelin, création de la version française, 2004

En Quête, 2004

My Dinner with André, création de la version française, 2005, reprise mars 2007, octobre 2014

«Sauve qui peut» pas mal comme titre de Thomas Bernhard, 2008

Nusch, Paul Eluard/Franck Vercruyssen – tg STAN et Rosas, 2008

Voir & voir de G. Rijnders, mai 2009

Le Chemin solitaire de Schnitzler, Impromptu XL (tg STAN a 20 ans) nov 2009, reprise janv 2012

Le Tangible, nov 2010

Les Estivants de Gorki, création de la version française, oct 2012

tg STAN – 3 pièces : Après la répétition et Scènes de la vie conjugale d’I. Bergman (créations au théâtre Garonne) ; Mademoiselle Else de Schnitzler, mars 2013, reprise janvier 15 ; Après la répétition, reprise en automne 2013.

Onomatopée, première en France, février 2014 ; reprise : décembre 2015

Trahisons d’après Pinter, création de la version française, mai 2014

Nora d’après Maison de Poupée d’Ibsen, janvier 2015

The Way She Dies, création de la version française,  texte de Tiago Rodrigues mars/ avril 2017

Art de Yasmina Reza, Tg STAN & Dood Paard, mai 2017

 

La compagnie de Roovers

A leur sortie du Conservatoire d’Anvers, Robby Cleiren, Sara De Bosschere, Luc Nuyens et Sofie Sente désirent faire leurs propres spectacles, partager la responsabilité des créations et prendre collectivement les décisions : quelle pièce choisir ? Avec quels acteurs ? Quelle affiche réaliser ? Leur complicité et leurs discussions sont à la source de leur travail depuis plus de vingt ans. Lorsqu’ils cherchent un texte de théâtre, ils se dirigent aussi bien vers le répertoire classique (Shakespeare, Tchekhov et Eschyle, entre d’autres) que vers des auteurs contemporains (comme Paul Auster et Judith Herzberg). Une pièce doit plaire à tout le groupe pour être montée : classique ou contemporaine, elle doit répondre à une nécessité du moment, parler de notre époque, apporter un regard particulier sur notre société.
Les acteurs effectuent un long travail à la table avant de commencer les déplacements dans l’espace une dizaine de jours avant la première, se basant sur l’idée que « quand un texte est bien compris, on sait comment le jouer ». Jamais ils ne font appel à un metteur en scène (leur manière de procéder est proche de celle adoptée par Tg Stan). En ce qui concerne les scénographies, le photographe et scénographe Stef Stessel les accompagne depuis leurs débuts. Pour certains projets, d’autres acteurs ou des musiciens les rejoignent. Ils créent aussi des spectacles destinés aux enfants et des spectacles musicaux.
Les dernières productions, jouées en plein air, coïncident avec le désir de la compagnie de Roovers d’entrer en contact avec des personnes qui n’ont pas l’habitude d’aller au théâtre. La dimension sociale est importante pour la compagnie qui s’est implantée dans un quartier populaire d’Anvers, à Borgerhout, et collabore pour la construction de ses décors avec une association qui met en place des programmes d’intégration par le travail.

En avril 2019, de Roover présentera Timon d'Athènes de William Shakespeare au théâtre Garonne (première en France), premier volet d'une trilogie intitulée "Le Cycle du Dollar" sur la crise financière.