17 > 19 janvier

Kara-Da-Kara

Azusa Takeuchi

Dossier de presse

Kara-Da-Kara

Azusa Takeuchi

Kara-da-kara ; par le corps ; parce que c’est le corps ; parce que c’est vide.

"Pour moi prendre conscience de l’existence de mon propre corps, c’est passer par l’observation des corps qui m’entourent. La déformation des corps selon leurs habitudes de posture, les musculatures différentes, la manière de marcher, la manière de regarder, et de parler… Toutes ces choses qui apparaissent sur le corps ont des raisons. Elles nous viennent directement de nos expériences, et on ne peut pas les dissimuler. En travaillant cette nouvelle création, j'ai fait beaucoup de découvertes intimes. J’ai vécu plusieurs expériences de décès, notamment ceux de mon père et de mon frère. Petit à petit, ces expériences se sont immiscées en moi, c’est-à-dire par le corps, à travers mon corps. Ça a changé ma façon de danser. Avec Kara-da-kara j'essaie de m'extraire de mon corps afin de ressentir ce dualisme corps-esprit. Cette philosophie selon laquelle le corps et l’âme sont deux éléments séparés m'inspire énormément. Le corps est un récipient pour mettre l’âme comme dit Issai Satou. Cette pensée me donne
envie de traiter le corps comme un élément vivant et indépendant, et de rendre compte de sa fragilité et du caractère fugace de son existence.

Azusa Takeuchi

Danse
17 > 19 Janvier
jeu 17 jan / 20:30ven 18 jan / 20:30sam 19 jan / 16:30sam 19 jan / 20:30
théâtre Garonne
durée 50 minutes
Création Garonne / Coproduction
de 10 à 25 €
Kara-Da-Kara

L'EXISTENCE DU CORPS

Il est facile de constater que l’on a un corps, mais il est rare de se questionner sur ce qui le rend unique et de prendre conscience de la particularité de sa présence.

Pour moi prendre conscience de l’existence de mon propre corps, c’est passer par l’observation des corps qui m’entourent.

La déformation des corps selon leurs habitudes de posture, les musculatures différentes, la manière de marcher, la manière de regarder, et de parler…Toutes ces choses qui apparaissent sur le corps ont des raisons. Elles nous viennent directement de nos expériences, et on ne peut pas les dissimuler. <Le corps ne ment pas et plus le temps passe, plus les traces sont visibles.(Martha Graham)> Regarder ces corps me confronte directement au mien.

Le corps scénique est un élément que je trouve important et qui m’a souvent interpellé. Avant la performance ou l’expression artistique, il y a le corps de l’artiste auquel je suis sensible, seulement par sa présence et sa forme. Malgré la mise en scène, le corps, même artistique, me confronte à mon propre corps car j’observe ses particularités et je ne le vois pas seulement comme un objet du spectacle.

D’autre part, je m’intéresse à la pensée qui propose l’idée selon laquelle le corps et l’âme sont deux éléments séparés. Introduite par les pensée de Platon et formalisée par Descartes, cette façon de considérer le corps physique indépendamment du spirituel est appelée le dualisme. Beaucoup de religions comme le bouddhisme, le christianisme, le confucianisme et le shintoïsme abordent cette question de la séparation entre le corps et l’âme car c’est un sujet qui préoccupe énormément les humains dans leur rapport à la mort et leur comportement en général. Issai Satou fait partie des célèbres figures japonaises de la pensée confucianiste. Selon lui “le corps est un récipient pour mettre l’âme.” Cette pensée me donne envie de traiter le corps comme élément vivant et indépendant et de rendre compte de sa fragilité et du caractère fugace de son existence.

Le corps qui évolue, le corps qui parle, le corps qui existe, le corps qui disparait, le corps en tant qu’objet, le corps de quelqu’un, le corps de moi-même… En me laissant influencer par les pensées extérieures ou en y apportant ma propre interprétation, je voudrais trouver dans cette nouvelle création, ma réponse sur l’existence du corps.

 

LE RYTHME

Après les recherches effectuées autour de la notion de rythme pendant les créations précédentes, je souhaite continuer mes recherches autour de ce thème.

Le rythme biologique, le rythme des pas, le rythme du sommeil, le rythme du haïku, celui de quelqu’un, celui de l’horloge, celui de la lune etc. Il y a plusieurs rythmes différents dans notre vie quotidienne. Certains sont réguliers, d’autres sont irréguliers. Tous ces rythmes s’accordent parfois sur la même fréquence puis se désaccordent. On vit en établissant et en ajustant inconsciemment nos propres rythmes sur ces autres rythmes.

Dans <prière pour Vera Ek>, ma dernière création en collaboration avec le metteur en scène Mladen Materic, nous avons essayé de casser mon rythme. D’abord en travaillant avec des rythmes irréguliers comme 1-7-2-3-8-3-2…., puis avec des rythmes que j’ai choisis selon mon interprétation de trois personnages qui apparaissent dans la pièce comme 5-7-5, 1-4-7 et 4-4-4. Par le biais de ces essais, j’ai pris conscience de mon rythme naturel, et le fait de le modifier de manière consciente venait changer ma façon de danser.

Par ailleurs, pour une performance expérimentale <sémiolo/vie> avec le musicien Shinjiro Yamaguchi, nous avons essayé de chercher un rythme qui se produit entre le son et le corps. Tous les deux, la musique et la danse, répètent un rythme différent de base en se laissant influencer par l’autre. Et de là apparaît un autre rythme. C’est une tentative de créer un rythme avec deux éléments indépendants.

Pour cette nouvelle pièce <kara-da-kara>, et grâce à ma rencontre avec l’installation de Nicolas Villenave, j’ai envie de faire évoluer cette recherche autour de trois éléments, la lumière, le son, et le corps. Quel rapport on peut créer entre ces trois rythmes ou bien comment le corps peut-il exister entre ces deux rythmes?

Kara-Da-Kara

LE CHANT DU FILAMENT
 

Cette pièce kara-da-kara se réalisera en collaboration avec une installation lumineuse de Nicolas Villenave Le chant du filament. Cette installation a été créée en 2013, puis a été présentée dans plusieurs festivals de lumière et aussi de musique, dont la Fête des lumières à Lyon, le Festival Sonorités de CCN Montpellier et au Festival Les instants sonores en Lozère etc. L’installation se compose d’une suspension de 81 lampes à incandescence qui ont des filaments particuliers. Avec ces filaments, les lampes émettent du son par leur simple gradation en même temps qu’ils créent des vagues de lumière en se rallumant et s’éteignant. Le première fois que j’ai rencontré avec une partie de lampes de l’installation étais lors de la création d’Aucun Lieu de Franck Vigroux, à la quelle j’avais participé avec Nicolas en 2012. En dansant au milieu de ces lampes, j’ai été tout de suite impressionnée par les petits bruits des ampoules et la chaleur qu’elles diffusent. Puis, après avoir vu Le chant du filament en vidéo, j’ai commencé à imaginer ce projet.

Kara-Da-KaraPresse

Danse avec les âmes

Au Théâtre Garonne, elle présente son quatrième solo « Kara-Da-Kara ». Portrait de la chorégraphe et danseuse Azusa Takeuchi.

Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles, Azusa Takeuchi danse connectée au monde. C’est au Japon où elle est née il y a une trentaine d’années, qu’elle a appris les fondamentaux du ballet classique, dès l’âge de 7 ans. Mais c’est en France et notamment à Toulouse qu’elle est entrée véritablement dans la danse contemporaine.

En 2008, boursière de l’université du Japon, elle débarque à Paris. Mais rapidement, la métropole étrangère s’avère trop vaste pour Azusa Takeuchi qui ne sait à quelle porte frapper. Ce sera alors le Centre de développement chorégraphique de Toulouse qui lui ouvrira la sienne : elle intègre la formation Extensions en 2010. C’est la révélation. La jeune danseuse japonaise voit se déployer devant elle l’éventail infini de la danse contemporaine et fait des rencontres déterminantes qui vont l’amener à « se trouver » en tant qu’artiste : les chorégraphes Rita Cioffi, Robyn Orlin, Vincent Dupont ou encore Myriam Gourfink qui la dirige à plusieurs reprises dans les pièces pluridisciplinaires du musicien Franck Vigroux. Avec Alain Buffard, elle confie avoir beaucoup pleuré. « J’étais interprète dans la reprise de « Mauvais genre » se souvient Azusa Takeuchi, et j’étais démunie face à la nudité que demandait le spectacle. Je ne comprenais pas du tout. Au Japon, il est interdit d’être nu sur un plateau ».

Peu à peu convaincue par elle-même de la nécessité de sa nudité, Azusa Takeuchi acceptera finalement la proposition radicale d’Alain Buffard, sans forceps. Les participations s’enchainent : un opéra pour Jérôme Deschamps chorégraphié par Franck Chartier de la compagnie bruxelloise Peeping Tom, un autre de Christian Rizzo, des projets collaboratifs avec les chorégraphes Yuta Ishikawa, Yuriko Suzuki et bien sûr avec le metteur en scène de théâtre Mladen Materic avec lequel elle créera « Prière pour Vera Ek » en 2015 au Théâtre Garonne. Parallèlement, elle conçoit ses propres soli : « Le Blanc » en 2010, « Kami » en 2012, « Emotional Intelligence » en 2016. Chacun de ses projets personnels nait d’une réflexion intime sur nos gestes et nos comportements quotidiens. Après la catastrophe de Fukushima, Azusa Takeuchi se pose la question du culte dans les maisons japonaises, où sont érigés de modestes autels de papiers devant lesquels se prosternent les familles. En appui à ces réflexions dont le pragmatisme initial la plonge dans des questionnements métaphysiques vertigineux, c’est bien le geste plastique qui fait prendre réellement corps à
sa danse. À partir de quelques éléments scénographiques et de gestes simples issus de la vie de tous les jours, Azusa Takeuchi fait advenir le mouvement dansé. Son corps souple, élastique, désarticulé, presque surnaturel, s’inscrit alors lui-même comme un élément graphique dans l’espace scénique. Un espace qui cultive l’épure, le vide – propre à sa culture japonaise – permettant de déployer l’imaginaire, d’ouvrir un dialogue méditatif avec soi-même… Justement, dans sa dernière création intitulée « Kara-Da-Kara », la danseuse joue avec les sens des mots « vide » (« kara »), « corps » (« karada ») et « parce que » (« dakara »). « C’est une pièce sur l’existence du corps » explique la chorégraphe. « En observant mon propre corps, je me suis interrogée sur les différentes « matières corps « , celles qui sont traversées, modifiées par notre inconscient, nos émotions, notre relation à l’autre ». Ses explorations chorégraphiques dénotent chez Azusa Takeuchi un sens aigu de l’observation et une extrême attention et sensibilité aux autres et plus profondément une quête philosophique, existentielle à travers la danse. « Je pense qu’il existe autre chose sur terre que l’existence matérielle, que l’enveloppe corporelle. » L’artiste japonaise ne fait pas référence à une croyance shintoïste ou en un dieu autre, mais à une expérience personnelle marquante : la maladie cérébrale de son frère. « Son corps était bien présent, parmi nous, mais son âme, elle, était déjà partie ailleurs, depuis longtemps ».

C’est pour danser avec et pour ces âmes que d’aucuns nomment aussi fantômes, esprits ou étoiles, qu’Azusa Takeuchi a commandé au plasticien Nicolas Villenave une installation lumineuse spécifique : 81 ampoules vibrant sur un rythme qui se confronte à celui du corps de la danseuse. 81 petites étoiles scintillant dans une nuit qui résonne d’une musique concrète de Shinjiro Yamaguchi et où se font entendre les voix du père et du frère d’Azusa Takeuchi, aujourd’hui disparus. Comme sa compatriote danseuse Kaori Ito, Azusa Takeuchi danse parce qu’elle se méfie des mots.
« Pour moi, c’est la façon la plus juste de m’exprimer. Je suis très dispersée quand je parle, mon corps, lui, n’oublie rien ; il concentre tout le champ de mes émotions et de mes expressions. ». Et quand on sait que ce spectacle est né sous le regard artistique bienveillant de Mladen Materic du théâtre sans parole Tattoo, autant dire que ce « Kara-Da-Kara » n’a pas besoin de faire de belles phrases pour nous parler à corps ouvert.

Une chronique de Sarah Authesserre pour Intramuros
Du 17 janvier au 19 janvier au théâtre Garonne

Azusa TakeuchiPortrait

Azusa Takeuchi est née en 1985 au Japon. Après un diplôme de l’Université des Arts NIHON, elle s’installe en France grâce à une bourse du Gouvernement Japonais pour les Artistes en 2008. Elle a été stagiaire au sein de la Compagnie Forest Beats (dirigée par Yutaka Takei). Et aussi au Centre Développement Chorégraphique-Toulouse/Midi Pyrénées en 2010-2012 où elle rencontre notamment Vincent Dupont, Alain Buffard, Robyn Orlin, et Mladen Materic. Depuis 2012, elle travaille pour plusieurs chorégraphes en tant qu’interpète comme Myriam Gourfink EVAPORE (2018), Romeo Castellucci Democracy in America (2017), Franck Vigroux Ruines (2016), Aucun Lieu (2013) (chorégraphié par Myriam Gourfink), Rita Cioffi LED’s PlAY (2014), Motoko Hirayama POISON (2015), Yuta Ishikawa Dust Park2 (2012) et pour les opéras de Christian Rizzo Tanhauser (2012), Jérôme Déchamps Marôuf (2013) (chorégraphié par Franck Chartier/Peeping Tom). D’autre part, elle danse et crée ses propre pièces solo comme Le blanc (2010), KAMi (2011). Avec ces solos, elle remporte le prix de Masdanza au Yokohama Dance Collection EX 2011 au Japon, et a été sélectionnée comme finaliste du Masdanza16 aux îles de Canaries en 2011 et Toyota Choreography Award au Japon en 2012. Ensuite elle a collaboré avec le metteur en scène Mladen Materic (Théâtre Tattoo) pour une pièce solo Pour Vera Ek qui a été joué en novembre 2015 au théâtre Garonne (Toulouse).