Gwenaël Morin

« Je veux faire un théâtre frontal, brutal, radical, direct. Un théâtre de confrontation. Un théâtre qui frappe et transforme. Un théâtre qui fait des trous dans les murs, un théâtre pour faire des fenêtres là où il n’y en a pas ». Gwenaël Morin

Pour Gwenaël Morin, faire du théâtre, ce n’est pas une profession encore moins une occupation : c’est une entière mobilisation, possible en tout lieu et à tout moment. Depuis plus de dix ans, il porte ainsi le Théâtre Permanent, une expérience inédite qui carbure au désir utopique d’un théâtre à plein temps, en interaction constante avec le réel et avec le public.

Qu’il s’inscrive dans des salles de spectacle ou des lieux inhabituels, en intérieur ou en extérieur, ce théâtre surgit au plus brut : peu ou pas de décor, pas de costumes, pas d’artifices, changements à vue, engagement maximal des interprètes – Gwenaël Morin étant lui-même parfois sur scène.

Souvent créées dans un court laps de temps, avec peu de moyens, ses pièces exsudent un impérieux sentiment d’urgence et propulsent une parole fulgurante, dotée d’une rare capacité d’ébranlement. Les textes du répertoire classique, régénérés en profondeur, libèrent ici toute leur puissance expressive originelle, rendue intensément actuelle.

Ayant déjà plusieurs fois mis son Théâtre Permanent en action à Toulouse, Gwenaël Morin revient cette saison – à l’initiative du théâtre Garonne et du Théâtre Sorano – pour présenter Uneo uplusi eurstragé dies. Aussi original par son titre que par son format, ce projet tend à réactiver aujourd’hui le rituel de présentation de la tragédie dans le théâtre grec ancien. Il se compose de trois tragédies (Ajax, Antigone, Héraklès) qui peuvent se voir séparément ou réunies en intégrale.

L’ensemble se déploie pendant deux semaines dans la ville, une semaine autour du Garonne et une semaine autour du Sorano, en investissant des espaces intérieurs et extérieurs, proches les uns des autres. Chaque semaine adopte le même protocole. Ajax est joué le mardi, Antigone le mercredi et Héraklès le jeudi. Ceci a pour but de préparer au rituel proposé à la fin de la semaine, qui commence le vendredi soir avec une longue veillée, scandée par la lecture de La Naissance de la tragédie de Nietzsche. Le public est ainsi emmené jusqu’à l’aube du samedi, la première tragédie démarre au lever du soleil, quand la cité s’éveille, et l’intégrale se développe jusqu’à midi. En épilogue : la création d’un drame satyrique à la composition libre.

Un retour à la source du théâtre pour mieux en révéler la force de jaillissement, à la fois poétique et politique.

Jérôme Provençal