Igor et Lily Dromesko

« Pour nous, ce qui compte, c’est d’accueillir nos invités d’un soir et de leur donner suffisamment confiance pour qu’ils puissent se livrer, chacun à leur manière. Qu’ils soient assez perdus pour se raccrocher à l'essentiel. On allume des petites mèches de façon pointilliste, et avec ça ils fabriquent leur histoire. S’il y a 200 personnes, il y aura 200 histoires différentes, mais avec des choses qui vibrent et sont ressenties en commun. »

Chez les Dromesko, impossible de démêler réel et fiction. Igor et Lily vivent avec cette identité de scène depuis 30 ans, peu après leur rencontre à Zingaro, dont Igor a été cofondateur : lui, artiste de rue, musicien, jongleur, acrobate, elle, plasticienne passée par les beaux-arts et chanteuse de rock parlant aux animaux. Ensemble, ils ont créé La Volière Dromesko suite aux envies de la jeune femme enceinte, qui acquit quelque deux-cents oiseaux tandis que le futur papa construisait de quoi les abriter. « On n’a jamais acheté d’animaux pour un spectacle, et c’est comme ça pour tout : on part des gens avec qui on travaille, de ce qui nous entoure. On rêve, mais avec une matière bien vivante qui nous nourrit autant qu’on la nourrit, au quotidien. » Un théâtre fondé sur l’itinérance : de longues tournées avec les caravanes, les partenaires fidèles, les animaux et bien sûr, la baraque. Un lieu intime dans lequel ils créent, mais aussi fêtent les anniversaires et reçoivent la famille élargie avant d’y accueillir les spectateurs à la nuit tombée : « des murs en bois avec leur odeur et leur vécu, qui protègent du vent, du froid et de la lumière, et qui en même temps habillent le spectacle ». Et on touche là au cœur de leur art : ce nomadisme concentrant ce qu’il y a de plus sédentaire en eux, riche des expériences vécues et des humanités croisées, qu’ils sédimentent entre les planches de leur maison ambulante. Une profondeur condensée en des images et personnages oniriques, surréalistes, aussi joyeux que mélancoliques, sous le regard d’animaux à la justesse implacable. Des spectacles imaginés comme des cadeaux à partager, à l’instar d’une bonne soupe – qu’ils servaient dans leur Cantine musicale. « On est d’une grande précision pour fabriquer une impression de liberté qui crée, elle, une vraie liberté. À force de simplifier, que les choses soient nettes, elles deviennent comme dans du brouillard. On peut alors les refabriquer dans sa tête. » De drôles d’oiseaux, qui reviennent pour la sixième fois à Garonne, où l’on se souvient qu’un premier voyage vers leur campement rennais il y a 28 ans s’était arrêté au tarmac de Blagnac pour cause de volatile happé par un réacteur. En ce temps présent où les oiseaux prennent leur revanche dans le ciel de nos villes, leur poésie libre et singulière résonne d’autant plus fort.

Agathe Raybaud