Silvia Costa

Tour à tour auteure, metteure en scène, interprète ou scénographe, Silvia Costa est invitée par le Théâtre du Capitole et le Garonne à créer son premier opéra en France. Artiste italienne protéiforme et collaboratrice artistique à toutes les productions théâtrales et lyriques de Romeo Castellucci, elle use de tous les champs artistiques pour mener son exploration du théâtre. Une chance pour le public toulousain de la découvrir dans toute sa pluralité d’expression.

©Silvia Boschiero

Quand on rencontre Silvia Costa, on ne rencontre pas une personne qui est metteuse en scène, ni de théâtre ni d’opéra, une personne qui fait des performances ou une personne qui dessine. On rencontre d’abord une femme de théâtre. Déjà accueillie à Garonne en 2011 pour "Musica da camera", elle se saisit de cette occasion pour mettre en scène son premier opéra en France est aussi celle de repousser toujours plus loin les limites de sa créativité. 
Tout a commencé autour du Carnet d’un disparu de Janacek. Cette œuvre a quelque chose qui interpelle, quelque chose qui à voir avec la terre, l’enracinement et la liberté. Il y a pour le spectateur comme une barrière à franchir.
« Les deux œuvres de Debussy et Janacek appellent cette image de la barrière. Chez Debussy, c’est la barrière à laquelle la Damoiselle se penche vers son amour terrestre. Et chez Janacek, il y a cette barrière entre les cultures, entre celle du paysan, Janík, et celle du monde de Zefka, la Gitane, qui véhicule l’image d’une culture étrangère, exotique. Donc il y a des éléments dans le choix des œuvres et dans le choix de faire un projet qui connecte deux mondes qui pour moi fait sens. Mais la liberté, c’est aussi une responsabilité. Janík obtient ce qu’il veut, il part avec Zefka, mais il y a toujours une sorte de regret de ce qu’on laisse. C’est aussi ça, la force du choix, cette barrière entre ce qui reste, devient le présent, et le passé qui s’éloigne, c’est une réalité universelle de l’être humain. On ne rejoint jamais notre vrai désir, on le regarde de loin. »

Le reste est venu comme une évidence : Comédie de Beckett, que Silvia a prolongé à sa façon, un peu plus tard, Debussy. Nous avons aussi le désir commun de peut-être présenter à Toulouse d’autres aspects encore de son travail : les performances, les dessins. « Pour moi, le dessin est un exercice de réflexion, c’est comme un muscle. Ça me permet de me connecter à la pensée. C’est aussi une question d’équilibre des éléments, comme sur le plateau. Une chose en trop, et tout est cassé. J’ai besoin d’élargir ma pratique en touchant plusieurs médiums, qui après se retrouvent dans un temps et un espace qui est celui de la mise en scène. J’ai aussi besoin d’être sur scène, de ce passage à travers mon corps et mon imagination. Sans cela je ne pourrai pas diriger des acteurs. C’est ce que la performance me permet de faire. Même si en ce moment je préfère garder un regard extérieur, car les projets se font de plus en plus complexes, et je ne peux pas me permettre que subsistent des zones d’ombre dans mon travail."

Nicolas Sarris