9 > 12 décembre

Et puis voici mon cœur

Isabelle Luccioni

Dossier de presse

Et puis voici mon cœur

Isabelle Luccioni

La nuit remue, elle réveille la bête qui est en moi. C'est une manière de passer La Nuit debout et de vous faire une confidence. C'est un mantra secret murmuré à l'oreille, une déclaration d'amour à l'obscurité. Isabelle Luccioni

Et puis voici mon cœur est "un objet nocturne", d'après Isabelle Luccioni, se situant entre la parole et le chant, au plus proche de la musicalité de la langue. Nourrie par une constellation d'influences (Beckett, Haenel, Foessel...), c'est sous la forme d'une somniloquie qu'elle fait don d'une intimité absolue, révélée dans le clair obscur de notre conscience. Elle dit "Oui. Dire OUI à La Nuit", comme pour ouvrir un espace sensible, une plongée dans un secret d'alcôve. Il s'agit de remettre de la chair et du désir dans les mots pour s'accueillir les uns les autres dans un retour à la fragilité et à l'intime. Isabelle Luccioni partage le plateau avec les musiciens Haris Resic et Auguste Harlé, elle collabore avec Amandine Gerome pour un très beau travail autour du son et de la lumière. Une scénographie de l'apparition/disparition, à l'orée du rêve, où la noctambule se révèle dans la chambre de son imaginaire :  "Il y a un monde fou qui circule dans ma chambre, des voix comme des ondes radio dans ma tête, il y a un monde fou dans mon lit." Bon, on en parle ...?

Théâtre
9 > 12 Décembre
jeu 9 déc / 20:30ven 10 déc / 20:30sam 11 déc / 20:30dim 12 déc / 17:00
présenté avec et au RING – Scène Périphérique

durée 1h
Création / Coproduction
tarifs adhérents 10 € contacter la billetterie du théâtre Garonne 05 62 48 54 77
Et puis voici mon cœur Note d'intention

Au plus profond de moi, je ressens le désir de radicaliser la recherche que j’ai menée, en tant que comédienne (chanteuse, metteur en scène), avec le spectacle Ulysse(s) créé au théâtre Garonne en 2015.
Depuis le début de ma recherche de metteur en scène, « l’obsession » du monologue intérieur est le centre de ma création. Le rapport intime entre la parole (directe ou pensée intérieure, flux de la conscience) et le chant sont le fil de mon travail (cf. : Une trop bruyante solitude de B Hrabal, Comédie de S Beckett, Ulysse de Joyce). Je ressens la nécessité d’approfondir ce chemin, à travers un solo chanté/parlé, une rêverie nocturne, une insomnie de théâtre, une soliloquie. Je serais traversée par les voix qui peuplent mon imaginaire, tel un fleuve qui nous emporte la nuit, à la frontière, à la lisière du sommeil ; l’esprit flotte, il est difficile de savoir si nous dormons déjà ou si nous veillons. La nuit nourrit « la bête » qui est en moi « Comme une bête née en cage et que je cherche, comme une bête née en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage de bêtes nées en cage , comme une bête née et morte en cage... » dans L’innommable de S. Beckett. Je veux dans ce projet mêler intimement la parole et le chant, la musique et le texte pour créer un matériau sensible, un OBJET NOCTURNE.

Isabelle Luccioni

Et puis voici mon cœur Entretien

Quelle est la construction dramaturgique d’Et puis voici mon coeur ?
La musique est la structure même du spectacle. Elle n’accompagne pas les textes, c’est une musique qui est un élément aussi important que la voix. Tout est musique et chant.
Ça ne veut pas dire qu’il y a de la musique tout le temps, car le silence c’est de la musique aussi. Je travaille avec Auguste Harlé (violoncelliste) et Haris Resic à une longue composition musicale sur ce spectacle. Et puis voici mon coeur c’est une partition rythmique.

Tu expliques qu’après Ulysse(s) (2015 au Garonne) tu as ressenti le désir de radicaliser ton travail de comédienne, notamment autour du monologue intérieur, qui t’est cher. Pourquoi ? Quelle est cette obsession pour le monologue ?
J’ai 62 ans. Hier soir, j’ai écouté une émission avec Régine Chopinot. J’adore cette femme. Elle dit qu’à 70 ans elle s’est rendu compte qu’elle fait toujours la même chose depuis le début de sa carrière. Ça m’a touchée, je me suis reconnue dans sa parole. Ça passe vite une vie de travail. Depuis le début où je travaille, je travaille sur le monologue intérieur. Pour moi, ça n’est pas seulement quelqu’un qui parle et qui s’adresse aux gens. C’est aussi en lien avec la pensée qui se déroule à l’intérieur de nous-même. C’est ça qui m’intéresse. Enfin… que je le veuille ou non, c’est ça qui arrive… que je le veuille ou non c’est comme ça. C’est. J’essaie d’être à l’écoute de ce qui se passe là, de la pensée, de ma pensée. Et ce qui se passe là, c’est de l’ordre de l’obsession, oui. De la fascination. Le rapport que nous pouvons avoir avec le monde et avec nous-même. Le va-et-vient constant entre l’extérieur et l’intérieur. J’essaie de trouver un langage au plateau, à partir de ça, de mon intériorité, de la rendre poreuse et partageable.
Nous venons de vivre deux années terribles, ça implique beaucoup de changement en nous, on se rend compte de la fragilité de notre existence : nous avons été mis face à la mort de manière brutale. Selon moi, nous revenons à des valeurs de l’intime, de l’humain, on a besoin de faire attention. Nous nous rendons compte que l’intime c’est précieux et j’essaie de construire avec ce spectacle une forme où chaque personne peut se reconnaître. Chez moi, cette notion d’intime s’exprime notamment à travers le monologue.
Dans mon premier spectacle, La trop bruyante solitude avec René Gouzenne, c’était déjà un monologue, il passait de la voix intérieure à une adresse publique. Je pense à une pièce de Beckett, une petite pièce exceptionnelle Va-et-vient : ça parle du passage entre la pensée et la parole et vice versa. Ce qui m’intéresse c’est ça, le passage. Par exemple au moment même où nous parlons, le passage entre ce que je dis et ce que je pense. Je cherche la nuit intérieure de chaque personne pour aller vers un langage qui serait plus universel. J’espère toucher chacun. Et quelque part, prendre la main de chacune des personnes dans la salle avec ma voix. C’est Paul Celan qui disait que la poésie c’était « prendre la main », je veux caresser un peu.
On a besoin de réapprendre à respirer, nous sommes en apnée. Nous sommes en convalescence. Nous avons besoin de réapprendre à marcher, à caresser, à chanter… C’est ce que disait Régine Chopinot hier dans l’émission. Elle ajoute « pour moi un danseur ce n’est pas quelqu’un qui danse bien, c’est quelqu’un qui vit sur le plateau. » Wahou ! Chopinot, 70 ans ! J’ai envie de donner cette vie-là, de donner un peu de ça. De donner envie aux gens de chanter, de danser. Donner des bouts de moi. Au début de ma carrière je ne faisais que du texte, après j’ai travaillé avec la vidéo, maintenant je me suis éloignée de tout ça… J’ai envie de créer des projections à l’intérieur même des spectateurs et spectatrices, sans support au plateau.

C’est ça que tu dis dans ta note d’intention en citant Thomas Bernhard : « Et le public ? Nous pouvons élargir la scène à l’infini, la rétrécir aux dimensions du panorama que nous regardons dans notre propre tête. »
Oui ! C’est Nougaro, aussi : « sur l’écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais mon cinéma… ». La nuit c'est l’espace de la création et du désir. C'est donc l'espace de la désobéissance. C 'est la sensation d’oublier et de se souvenir de tout en même temps.
Cela procure un sentiment étrange, où le temps n'est plus chronologique. C’est un état de conscience aigu. C 'est ma chambre. La chambre de mon imaginaire. Chacun.e de nous doit trouver cette chambre intérieure, son petit espace pour être au chaud, pour se protéger et garder son secret...
C’est la projection en nous même, c’est élargir notre imaginaire. Au début du spectacle, il y a une dizaine de minutes dans le noir, c’est un challenge, je voudrais plonger les gens dans une chambre d’écoute. Pour se mettre à l’écoute de soi et du monde et pour ça il faut se plonger dans le noir. Au sens premier du terme je vais éteindre la lumière pour qu’on puisse se mettre dans un état de réception et être plus actif.ves.
Le noir est une scénographie, il inclut dans cette chose matricielle le public et le plateau. C’est une entrée utérine. (Rire)

D’ailleurs j’ai l’impression qu’il y a un désir très fort de faire apparaître, entendre une parole à travers l’obscurité, la pénombre. Dans les textes que tu as choisi la nuit, la brume, le chuchotement reviennent souvent. Est-ce que la nuit est révélatrice ? Le jour atomise ? La nuit ferait de la place tandis que le jour restreint ?
Je suis d’accord et pas d’accord. Ce n’est pas une réponse mais c’en est une quand même ! Je ne peux pas mettre en opposition, ça ne m’intéresse pas. Non, le silence comme je le disais, c’est de la musique. On est vivant parce qu’on va mourir. Nous avons ce sentiment de finitude en permanence. Le jour arrive après la nuit, sans cesse, sans fin, c’est une histoire de rythme et de successions. Si on regarde et qu’on écoute attentivement, tout est réminiscence. J’adore ce mot. Ça fait appel aussi au va-et-vient dont je parlais. Tout ce qui est à l’intérieur refait surface, se dévoile au jour puis replonge dans l’obscurité… Ce sont des strates, des cycles.

Dans Et puis voici mon coeur nous plonge plutôt dans un cycle nocturne, non ?
Oui, c’est une traversée de la nuit, de l’aube mais à l’intérieur il y a des moments très éclairés. Dans la nuit, il y a aussi des fulgurances.
Le jour nous sommes policé.es, nous avons une certaine tenue. La nuit permet la création. La nuit c’est l’espace de la création, et nous sommes plus à l’écoute du monde.
Il y a aussi quelque chose de résistant à ne pas vouloir dormir. J’ai parfois des insomnies. Mais ce sont des insomnies très sereines.
La nuit c’est l’endroit du désir, on appelle. C’est aussi le lieu, l’espace du désir, de l’attente de l’autre.

Et le titre ? Et puis voici mon coeur ça sonne comme une mise à nu, comme un ras- le-bol aussi : « et puis voilà, il n’y a rien d’autre à ajouter ! ». Est-ce que cette création serait un accomplissement de la femme et de l’actrice que tu es ?
Et puis voici mon coeur, c’est un poème de Verlaine. Il y a un mouvement dans ce vers, c’est vrai. Un élan. C’est le plus personnel de mes spectacles : au niveau de la recherche, de l’implication, du travail. C’est trois ans de travail. C’est énorme.
Je suis partie d’une photo de Brassaï qui représentait un coeur gravé, brut, sans initiales, dans l’espace public à Paris. J’ai voulu appeler ce spectacle Forever, à toi pour toujours, pendant un moment je suis restée avec ce titre. Puis, un jour on m’a dit que c’était fréquent Forever apparaît souvent sur les pierres tombales… Je ne voulais absolument pas cette référence funèbre. J’ai lu ce poème de Verlaine peu après et j’ai changé le titre du spectacle. J’avais trouvé ! Tout ce que je peux te donner, c’est moi, c’est mon coeur. Il y a une grande solitude à l’intérieur de nous. Nous avons besoin d’être consolé.es. Je veux agir comme une caresse à la fois pour moi et pour le public.

Entretien avec Isabelle Luccioni, réalisé par Pauline Lattaque, octobre 2021

Et puis voici mon cœur Extrait du prologue

(...) Mais suis-je capable d'oubli ?
N'ai-je pas le souvenir de tout
de tout
moi
s'interrompant. Silence

Car l'âme on ne la voit jamais
elle ne se laisse pas voir
bref silence

c'est comme ça
Silence

L'âme c'est comme ça
Bref silence

Qu'on laisse alors les hommes
vivre leur vie
en se cachant
Qu'on les laisse vivre dans le secret
Silence

Qu'on me laisse vivre dans le secret
Silence

Oui 

Jon Fosse, Vivre dans le secret

Et puis voici mon cœur Biographies

La Compagnie Isabelle Luccioni, créée en 1994, est devenue Compagnie OUI, BIZARRE en 2006. Formée par Michel Mathieu, Isabelle Luccioni s’est tournée vers la mise en scène en 1994. Dans son approche du théâtre, elle recherche une écriture de plateau à partir de la lumière, de la vidéo, du son, et du corps de l’acteur. Elle a présenté au théâtre Garonne Une Trop Bruyante Solitude, interprété par René Gouzenne (1994) d'après Bohumil Hrabal, Le Mensonge de Nathalie Sarraute (2001-2002), Tout doit disparaître (C’est magnifique) (2010), Ulysse(s) (2015) de James Joyce d’après le monologue de Molly Bloom, Les Quatre Jumelles de Copi (2017).

Haris Haka Resic est un comédien, musicien et chanteur formé à l'Académie des Arts de la scène de Sarajevo où il rencontre Mladen Materic, fondateur du théâtre Tattoo en 1986. Il participe à tous les spectacles de la compagnie depuis 1998 et crée de nombreuses musiques de spectacles. Il participe à partir de 2008 aux tournées du Footsbarn Travelling Theater, puis rejoint La Baraque des Dromesko. À Toulouse, il travaille avec René Gouzenne et Bernardo Sandoval. Il fonde en 1998 le groupe Kocka Neba qui participe à de nombreux festivals dont Le Printemps de Bourges et Rio Loco.

Venu du classique, Auguste Harlé enrichit sa pratique grâce à l'improvisation et ses compositions inspirées de ses différentes rencontres avec les musiques actuelles (pop, jazz, musiques du monde, musique répétitive) et les arts venus d'horizons divers (théâtre, conte, danse, cirque). Il travaille avec des artistes d’horizons très divers :musiciens, comédiens, conteurs et danseurs, tel que Lakhdar Hanou, Bazaar Boutik, La compagnie Danse des Signes, le duo Gilles et Auguste, Philippe Cizaire, Paamath. En groupe ou en solo, en acoustique ou amplifié, il jongle avec les samples, les loops et crée des musiques qui sont de véritables invitations au voyage, à l'imaginaire. Une musique climatique, tissée de nappes rythmiques envoûtantes, houle d'ondes répétitives. Auguste est un artiste singulier et inspiré, qui met toujours le cap vers l'aventure!

Et puis voici mon cœur Générique
Création / Coproduction

jeu, chant, mise en scène Isabelle Luccioni
assistante mise en scène Christine Serrano
création musique Haris Resic (piano, percussions, chant) et Auguste Harlé (violoncelle)
percussions tonnerre Paco Labat
création lumière et son Amandine Gérome
création costume Élodie Sellier
textes Vivre dans le secret de Jon Fosse traduit par Terje Sinding (éditions de L'Arche 2005), Autopsie d'Alina Reyès (éditions Inventaire/Invention), Les très hauts de Jean-Luc Parant (éditions Argol)
coproduction Scène Nationale de Tarbes, Le Parvis, théâtre Garonne - scène européenne, Toulouse
soutiens Centre National de Création Musicale Voce, Pigna et Ring - Scène périphérique, Toulouse, DRAC Occitanie, Région Occitanie, Ville de Toulouse et département de la Haute Garonne
remerciements au Café Plùm à Lautrec, résidence en mai 2021, Aurélien Bory et le Théâtre de la Digue

création initialement prévue en février 2021