Édition tout terrain - GRATUITE

In Extremis / Hospitalités - 12 au 30 mai 2021

IN EXTREMIS AURA LIEU PARTOUT :
EN VILLE, EN PASSANT PAR LE SUPERMARCHÉ, CHEZ LE DENTISTE MAIS AUSSI À LA RADIO JUSQUE DANS VOTRE SALON... 

ÉDITO
En 2019, en imaginant cette édition du festival In Extremis intitulée « Hospitalités », nous imaginions d’y explorer la question de l’art comme une forme d’hospitalité. Aujourd’hui, dans le contexte d’une pandémie mondiale, où l’hospitalité est précisément ce qui est devenu impossible, la question a pris un sens inattendu – et le festival un tour nouveau.
Pour autant, In Extremis / Hospitalités anticipait un avenir désormais devenu notre quotidien : que signifie « accueillir » une représentation ? Créer pour / avec un public ? Comment continuer à accueillir « l’étrangeté » qui nourrit toute identité locale, et, métaphoriquement comme littéralement, ne pas cesser d’ouvrir sa maison à l’étranger ?
Du 12 au 30 mai 2021, le théâtre Garonne invente un festival littéralement « tout terrain » : alors que les théâtres comme les frontières restent fermés, des artistes de France, Australie, Espagne ou États-Unis vous proposent d’y faire les rencontres les plus improbables avec des inconnus qui pourraient bien être vos voisins, dans les endroits les plus divers – de la visite guidée du supermarché du coin à celle de votre propre salon, en passant par l’authentique traversée d’un désert. Et qui sait, vous y découvrirez peut-être même que votre dentiste est finalement un chic type...
Autant de façons d’arpenter de nouveaux territoires artistiques et d’espaces familiers. Autant d’invitations, après des mois de distanciation sociale, à se retrouver enfin. Autant d’espaces sensibles à partager de nouveau, dans un temps où le chacun-chez-soi fait loi.
En 2021, In Extremis souhaite à chacun, plus que jamais, la bienvenue...

L’édition 2021 d’In Extremis / Hospitalités sera prolongée en 2022 par une édition « en présentiel », dans les murs du théâtre et différents lieux de la ville. Ces deux éditions sont imaginées et mises en œuvre avec la complicité d’Itzik Giuli, directeur artistique associé pour l’occasion.

IN EXTREMIS 2021, EN BREF  : 

Empty stages  du 19 au 30 mai
De Tim Etchells
Hugo Glendinning
En partenariat avec le Printemps de septembre et Groupe Reprint
est une exposition photographique en 3 volets : affichage urbain et coffret de cartes postales (édition par le Groupe Reprint) en mai puis accrochage en galerie, ce dernier volet devant faire l’objet d’une exposition dans les souterrains du théâtre Garonne dans le cadre du festival Printemps de Septembre.

Audioguide pour supermarché en temps de pandémie du 12 au 30 mai
De CaboSanRoque
En partenariat avec l’ONDA - Office National de Diffusion Artistique, Le Parvis - Scène nationale de Tarbes
Visite guidée d’un supermarché à travers un audioguide à télécharger depuis le site internet du théâtre.

A Thousand ways part one : a phone call du 12 au 29 mai
De 600 Highwaymen
Performance participative où deux personnes vont se rencontrer au téléphone, guidées par une voix qui va leur donner différentes instructions pour se découvrir et explorer une forme d’intimité inattendue. Lors de l’IE 2022, les participants seront amener à se rencontrer sur le plateau du théâtre Garonne pour le deuxième volet, An Encounter.

Public actions : private spaces du 14 au 30 mai
De Luke George & collaborators
En partenariat avec le ThéâtredelaCité, le Vent des Signes, dans le cadre de Prémices - La Biennale Internationale des Arts Vivants Toulouse Occitanie 2022
Luke George vous donne rendez-vous sur zoom, lui dans son salon à Melbourne, vous dans le vôtre ici et là. C’est une invitation à se réapproprier et à redécouvrir les espaces domestiques confinés.

The jewish hour du 15 au 16 mai
De Yuval Rozman
En partenariat avec l’isdaT - institut supérieur des arts de Toulouse, Radio Radio et le théâtre Sorano.
Spectacle lauréat du prix Impatience 21 créé dans une version uniquement radiophonique puis sera présenté dans sa version scénique par le Théâtre Sorano en novembre prochain, en clôture du festival Supernova. Comédie déjantée aux allures d’un talk-show radiophonique qui aborde la question de l’identité juive et pose un regard acerbe et subtil sur ce peuple dont Yuval Rozman est originaire.

La dent douce du 15 au 29 mai
D’Arnaud Romet
Rendez-vous chez un dentiste toulousain, en solo, pour un concert de 15 minutes à écouter confortablement installé dans le fauteuil où on prodigue habituellement les soins. La composition sonore s’inspire des bruits du cabinet dentaire !

Movidas Raras / drôles de trucs du 27 mai au 20 juin
De Rodrigo García
À partir de 15 ans
Découvrez une série de 7 épisodes, entre l’art-vidéo et la fiction créée par  Rodrigo Garcia dirigeant (à disatance) Denis Lavant, Angelica Lidell, Florencia Vecino et Volmir Cordeiro. Surprise !

L'imagination est une forme de l'hospitalité, [en ce qu’elle] nous permet d'accueillir ce qui, dans le sentiment du présent, aiguise un appétit à l’altérité.

Patrick Boucheron

En ce printemps 2021, après plus d’une année qui aura vu se succéder vagues de restrictions, pics épidémiques et déprime endémique, et à un moment où le pays est de nouveau (plus ou moins) confiné, « l’hospitalité » sonne au mieux comme une douce chimère, au pire comme un concept franchement abstrait – dans l’impossibilité où nous nous trouvons d’accueillir l’étranger, que ce soit à l’intérieur de nos frontières, dans nos établissement culturels ou même nos foyers.

En conséquence de quoi,  « l’appétit à l’altérité » n’aura peut-être jamais été aussi vif, ni plus aigu le besoin de se frotter à d’autres que soi et sa bulle familiale ou sociale.

C’est un fait avéré – et finalement assez rassurant : l’inconnu(e) nous manque.

C’est à cet appétit qu'In Extremis / Hospitalités (du 12 au 30 mai 2021) voudrait répondre, à défaut de le rassasier tout à fait.

Sous la forme de propositions artistiques toutes conçues pour l’occasion, il s’agit d’offrir aux spectateurs / auditeurs / participants autant de (rares) opportunités d’accueillir cette étrangeté qui fait, « dans le sentiment du présent », cruellement défaut : un inconnu au bout du fil (A Phone Call), les Antipodes dans votre salon (Private Spaces), ou encore la foule d’anonymes qui hantent votre supermarché, qu’il vous est proposé de visiter (un audioguide à la manière de celui des musées, sauf qu’ils sont fermés)…

Aussi, parce que l’altérité requiert un éloignement géographique que la situation présente rend pour le moins difficile, nous avons demandé à des artistes de tous horizons de participer à ce festival : ainsi, Toulouse accueille New York, Tel Aviv, Melbourne, Barcelone ou même… Toulouse !

Enfin, parce que l’imagination est bien, en dernier lieu, la seule forme d’hospitalité permise aujourd’hui, plusieurs propositions artistiques présentées en mai 2021 sont des sortes de machines à fantasmes qui toutes verront à terme une forme de réalisation « en vrai » – notamment lors d’un In Extremis / Hospitalités 2, qui en 2022 se tiendra dans divers endroits de la ville.

> Private Spaces, présenté avec le ThéâtredelaCité et Le Vent des Signes, s’inscrit dans une série de spectacles intitulée Public Actions, qui pourront être présentés lors de La Biennale 2022.

> Empty Stages est une exposition photographique en 3 volets : affichage urbain et coffret de cartes postales (édition par le Groupe Reprint) en mai puis accrochage en galerie, ce dernier volet devant faire l’objet d’une exposition dans les souterrains du théâtre Garonne dans le cadre du festival Printemps de Septembre.

> The Jewish Hour, spectacle lauréat du prix Impatience 21, est créé dans une version uniquement radiophonique avec l’isdaT et Radio Radio, puis sera présenté dans sa version scénique par le Théâtre Sorano en novembre prochain, en clôture du festival Supernova.

> À la suite de A Phone Call, les deux personnes qui se seront parlées, imaginées et certainement fantasmées au cours d’un simple échange téléphonique seront invitées à se rencontrer physiquement et se découvrir sur le plateau du théâtre lors d’In Extremis 2022, à l’occasion de la deuxième partie du spectacle (An Encounter).

> Lenio Kaklea, chorégraphe franco-grecque, vient en résidence à Garonne lancer les prémices d’un nouveau spectacle créé lors d’In Extremis 2022, en collaboration avec des habitants de la ville.

Voilà, en ce printemps 2021, rien ne nous indique que les lieux culturels vont pouvoir ouvrir leurs portes. Mais tout nous dit que, si l’imagination est bien une forme d’hospitalité, il reste possible (et d’autant plus nécessaire) de garder cette porte-là grande ouverte à l’inattendu. Comme il se dit dans une région éloignée de la nôtre, et donc actuellement inaccessible sinon en rêve :  « Mieux vaut un convive inattendu que deux qu'on attend. »

EMPTY STAGES

Tim Etchells
Hugo Glendinning

Amorcé bien avant le début de la pandémie, Empty Stages (« Scènes vides ») est un projet photographique au long cours qui depuis 2003 répertorie les plateaux désertés, dans une variété de contextes, théâtres, mais aussi pubs, centres de conférence, salles paroissiales. À travers ces lieux de spectacle momentanément abandonnés, l’œuvre explore les salles en tant qu’espaces d’imminence et d’attente - invitant le spectateur à imaginer les différents types d’événements qui pourraient y avoir lieu. Pour In Extremis / Hospitalités, et alors que les musées sont toujours eux-mêmes à l’arrêt, Tim Etchells et le théâtre Garonne ont néanmoins imaginé une exposition offerte aux Toulousains : dans toute la ville, une sélection d’images exposée sur une quarantaine de panneaux d’affichage mis à contribution pour l’occasion. Une façon pour ces théâtres fermés de redevenir visibles, et pour les fantômes des spectacles qu’ils ne peuvent plus accueillir de retrouver un public, au moins en rêve.
Plan des œuvres à découvrir sur la page dédiée, ici

Fondateur du collectif Forced Entertainment, il a présenté à Garonne Spectacular (2008), That Night Follows Day (2010), in pieces (2010) et The Thrill of It All (2012), The Quiet Volume avec Ant Hampton (2013) et The Notebook (2019).

EXPOSITION PHOTOGRAPHIQUE
19 > 26 Mai
En partenariat avec le Printemps de septembre et Groupe Reprint
EMPTY STAGESEntretien

Quelle est votre définition de l’hospitalité ?
J'y pense en termes d'accueil et de soutien aux autres, notamment en ce qui concerne la maison. Mais vous avez une hospitalité plurielle, ce qui me plaît – il y a de nombreuses façons d'accueillir. Et la maison, dans ce cas, peut signifier plus que "l'endroit où l'on vit" - je pense qu'il s'agit d'accueillir les autres dans tout contexte où l'on se sent chez soi ou où l'on a sa place.

Qu’est-ce qui représente le plus l’hospitalité pour vous ? Pourquoi ?
Lorsque les autres artistes de Forced Entertainment et moi-même étions jeunes, nous demandions parfois conseil à des créateurs de spectacles plus établis. Je pense que nous posions surtout des questions stupides – nous étions des enfants, nous venions de terminer nos études, nous ne savions pas comment les choses fonctionnaient. Il y a eu un petit nombre de personnes qui se sont intéressées à nous – elles répondaient aux questions, étaient heureuses de nous conseiller. Plus que le contenu de ce qu'on nous disait, c'est l'acte d'hospitalité qui a fait la différence – l'ouverture d'une porte, le sentiment de possibilité. Lorsque de jeunes artistes nous parlent aujourd'hui, j'essaie de me souvenir de cela. L'idée d'aider les gens à s'asseoir à la table, ou à entrer dans la pièce, à être entendus, est importante pour moi.

En tant qu’artiste, quel sens ça a pour vous de participer à ce festival dont la thématique est « hospitalités » ?
Je suis vraiment heureux de présenter un travail en rapport avec ce sujet en ce moment. L'Europe dérive de plus en plus vers la droite, et le Royaume-Uni en particulier est devenu plus laid, ou plus fier de sa laideur – xénophobie, racisme, division des classes. Travailler sur l'hospitalité maintenant, c'est parler d'autres possibilités et d'un monde meilleur. Dans un autre sens, à cause du Covid, nous sommes bien sûr incapables d'accueillir les autres, ou de voyager. Mais l'idée d'accueillir, et d'être accueilli, reste très forte.

Entretien avec Tim Etchells, réalisé par Pauline Lattaque, avril 2021

AUDIOGUIDE POUR SUPERMARCHÉ EN TEMPS DE PANDÉMIE

CaboSanRoque

Objet suspect avant la pandémie, le masque est devenu depuis un accessoire banal, autorisant ce qui nous semblait impensable jusqu’alors : dissimuler sa bouche, son nez, bref la moitié de son visage ; modifiant ainsi la nature même de nos relations et perceptions. À partir de ces observations, CaboSanRoque a créé une œuvre éphémère au sein du dernier espace social autorisé : le supermarché. Alors, êtes-vous prêts à arpenter votre supermarché comme vous ne l’avez jamais fait ? Téléchargez l’audioguide sur notre site Internet, prenez votre téléphone, votre masque, un chariot, branchez vos écouteurs... et la pièce commencera pour vous.

Ils ont déjà présenté deux pièces au théâtre Garonne  : Démons et La cobla patafìsica

VISITE GUIDÉE D’UN SUPERMARCHÉ
12 > 30 Mai
En partenariat avec l’ONDA - Office National de Diffusion Artistique, Le Parvis - Scène nationale de Tarbes
Première française
gratuit

Mille Chemins, Partie 1

600 Highwaymen

Guidés par une voix dans le téléphone qui leur donne instructions, invitations et directives physiques, deux personnes qui ne se sont jamais rencontrées se découvrent, s’imaginent et se fantasment, en construisant une série de performances les unes pour les autres. Créé à New York en janvier dernier et adapté pour Toulouse, A Thousand Ways explore ce fascinant trouble entre étrangeté et familiarité, distance et proximité, et démontre à quel point la plus petite communauté de spectateurs peut facilement inventer une intimité inattendue.

Depuis 2009, 600 HIGHWAYMEN (Abigail Browde et Michael Silverstone) créent des œuvres d'art en direct qui, par le biais d'une variété d'approches radicales, mettent en lumière la poignante inhérence des gens qui se rassemblent. Leur travail se situe à l'intersection du théâtre, de la danse, de la performance contemporaine et de la rencontre civique. 600 HIGHWAYMEN a été qualifié de "porte-étendard de la création théâtrale contemporaine" par Le Monde, et de "l'une des meilleures compagnies de théâtre non traditionnel de New York" par le New Yorker. Ils ont reçu un Obie Award, le prix ZKB de Suisse, deux nominations aux Bessie Awards et, en 2016, ont été nommés artistes boursiers par la New York Foundation for the Arts.

RENCONTRE TÉLÉPHONIQUE ENTRE DEUX INCONNU.E.S
12 > 29 Mai

durée 45 minutes
Première française
gratuit, sur réservation au 05 62 48 54 77 du lundi au vendredi de 13h30 à 17h30
Mille Chemins, Partie 1Entretien

Quelle est votre définition de l’hospitalité ?
L'hospitalité est le désir de faire en sorte que les gens se sentent les bienvenus et fassent partie de tout cela.

Qu’est-ce qui représente le plus l’hospitalité pour vous ? Pourquoi ?
C’est une personne accueillante qui pose des questions en tenant la porte ouverte, et qui laisse aux autres l’espace nécessaire pour être eux-même.

En tant qu’artiste, quel sens ça a pour vous de participer à ce festival dont la thématique est « hospitalités » ?
A Thousand Ways est une proposition, une invitation que nous avons glissée dans une bouteille et que nous avons lancée à la mer. Quelqu'un que nous ne rencontrerons jamais (ou plusieurs personnes) la recevra. C'est une proposition d'espoir.

Entretien avec Abigail Browde et Michael Silverstone, réalisé par Pauline Lattaque, avril 2021

PUBLIC ACTIONS : PRIVATE SPACES

Luke George & collaborators [Australie]

Et si nous pouvions inviter en toute sécurité un étranger dans notre intimité ? Imaginez un échange sur Zoom. Vous dans votre salon. Luke George dans le sien, à Melbourne, de l’autre côté de la planète. Pas de mots. Pas de visages. Pas de spectateurs. Juste vous deux, pendant trente minutes, partageant un petit rituel qui n’appartient qu’à vous.
Luke George crée spécialement pour Toulouse cette performance participative pour explorer en votre compagnie la façon dont chacun, depuis le début de cette pandémie, met en scène son intimité et s’aventure dans celle des autres, en particulier des étrangers. Après plusieurs mois confinés dans nos espaces domestiques et éloignés les uns des autres, comment repenser les lieux dans lesquels nous vivons, comment les habiter et les partager ? Comment être à nouveau ensemble ?

Luke George crée de nouvelles performances et des œuvres visuelles qui font appel à des méthodes audacieuses et parfois peu orthodoxes pour examiner la dynamique de l'intimité et de la collectivité, en créant des "espaces sûrs" qui permettent de prendre soin de soi et de prendre des risques. La sensibilité de Luke envers les positions de l'altérité est informée par la politique queer. Sa pratique artistique adopte une approche intersectionnelle, selon laquelle les gens ne sont ni singuliers ni isolés ; les corps différents peuvent se croiser, pratiquer l'écoute mutuelle, prendre la responsabilité d'eux-mêmes et des autres.

Il a présenté à Garonne Erotic Dance (2017) et Bunny  (en 2019, dans le cadre de la Biennale au ThéâtredelaCité)

ZOOM DANS TON SALON
14 > 30 Mai
ven 14 mai / 14:00sam 15 mai / 14:00dim 16 mai / 14:00ven 21 mai / 14:00sam 22 mai / 14:00dim 23 mai / 14:00ven 28 mai / 14:00sam 29 mai / 14:00dim 30 mai / 14:00
En partenariat avec le ThéâtredelaCité, le Vent des Signes, dans le cadre de Prémices - La Biennale Internationale des Arts Vivants Toulouse Occitanie 2022

durée 30 minutes
Création
Réservation obligatoire, uniquement par téléphone (05 62 48 54 77 du lundi au vendredi de 13h30 à 17h30)
PUBLIC ACTIONS : PRIVATE SPACESEntretien

Qu'est-ce que l'hospitalité pour vous ? 

Mon expérience d’hospitalité, a essentiellement été en tant que voyageur, lorsque je suis déconnecté du confort et de la sécurité de ma culture, de mon chez moi, de ma communauté et de mon lieu de vie ou lorsque je me trouve dans un autre endroit qui ne m'est pas familier. J'ai eu des moments où je me suis senti invité à entrer, soit dans la maison ou l'entreprise de quelqu'un ainsi que dans l'expérience de quelqu'un, dans sa vie, dans sa journée, et même dans des moments brefs. Assez souvent avec un étranger.

Une expérience dont je me souviens parfaitement, j'étais en Chine et j'étais dans une montagne où je faisais une retraite très spéciale, pour étudier et faire des recherches. Un jour, nous faisions une randonnée et nous sommes tombés sur une maison de thé et c'est très rural en Chine, il n’y avait presque personne autour.

Nous sommes tombés sur cette maison de thé et la femme qui tenait le commerce voulait vraiment que nous entrions, mais elle était du genre "Pouvez-vous attendre ? Attendez un moment." Des invités partaient et il y avait quelque chose d'étrange dans la situation, mais je ne comprenais pas ce que c'était, en plus l'anglais n'était pas trop parlé. J'ai un ami qui traduisait pour moi.

Finalement, nous sommes entrés dans la maison de thé et nous avons rencontré la femme, elle était triste. Les gens appréciaient le moment convivial et parlaient de choses et d'autres. Je ne sais pas vraiment de quoi ils parlaient, mais ça n'avait pas vraiment d'importance.

Et pendant tout le temps que nous parlions, la femme faisait du thé pour nous. Elle a fait la première tournée de thé, nous l’a servi et nous en avons bu en petite quantité, puis l'a jeté. Elle n'avait pas fini de servir qu'elle l'a jetée, et elle a recommencé à en préparer.

Je regardais tout ça, je ne parlais pas mandarin, donc je ne savais pas vraiment ce qui se passait mais je me suis tourné vers mon ami et je lui ai demandé : « Qu’est-ce qui se passe en ce moment ? » Comme si quelque chose... « Je ne comprends pas pourquoi elle jette le thé ?". Comme si quelque chose avait changé dans la situation, ce qui lui faisait faire une nouvelle tournée de thé. Mon ami lui a demandé "Pourquoi fais-tu un nouveau thé ?" et elle a répondu "Oh, la première tournée était mauvaise, il y avait une mauvaise énergie dans la première tournée ».

Elle a donc fait une autre tournée de thé, nous étions en train de le boire et je me suis tourné vers mon ami en lui disant "Il y a quelque chose d'autre qui se passe ici, pourrais-tu lui en demander plus sur la mauvaise énergie dans le thé".  Il lui a demandé et elle s'est tournée vers moi "Hmm, es-tu un artiste ? » J’étais étonné et elle me dit : « C'est ta traduction, mais je peux voir que tu saisis quelque chose ici". Après ça, elle parlait de l'acte de faire du thé, spécifique à la pratique et à la philosophie taoïstes.

Elle nous a expliqué que les personnes présentes juste avant nous, s'étaient disputées avec elle. Ils n’avaient pas apprécié quelque chose propre à leur expérience et il y avait eu une tension entre elle et eux.  Et quand ils sont partis, la tension était encore en elle et lorsqu'elle nous a préparé le thé, cette tension s’était infiltrée dans le thé. Selon elle, c'était une question de temps, de température mais aussi de science et de sensation.

Mais la relation qui se formait entre nous, à travers le thé n'était pas bonne, alors elle a voulu nettoyer et commencer une nouvelle tournée. Et à travers ce simple acte de faire du thé, de passer du temps avec nous et de parler avec nous, elle nous a fait comprendre que la tension disparaissait peu à peu et qu'il y avait maintenant une nouvelle relation qui se formait entre nous. Le thé était donc bon et cette nouvelle tournée était bonne. Nous sommes donc restés très longtemps et avons bu beaucoup de thé !

J'étais vraiment fasciné par ce très simple acte de faire du thé avec des gens. Il y avait quelque chose de relationnel, il se passait quelque chose entre nous, une invitation, une ouverture et un regard, un rapprochement.

C'est un point très important de l'expérience de l'hospitalité pour moi. Et j'en fais l'expérience, je le ressens de manière très évidente, car je sens parfois avoir de fortes barrières. Particulièrement après cette dernière année, après presque un an de confinement, en 2020 à Melbourne et où je suis resté seul à l'intérieur, sans voir personne.

Ces barrières sont devenues très denses. Même si aujourd'hui nous avons beaucoup de chance à Melbourne d'être ré-ouverts, après avoir passé un an, confinés, nous en sommes d'ailleurs très reconnaissants, nous réapprenons encore aujourd'hui à être avec les gens. Encore aujourd’hui, j'ai trouvé très difficile d'inviter quelqu'un chez moi et de prendre le thé avec, et le processus de déprogrammation de ces barrières est très lent et difficile.

Je pense aussi qu'en Australie, les effets à long terme de la culture blanche coloniale, par rapport au fait d'être sur une terre, où nous n'avons pas suivi un processus normal de ce que cela signifie pour les non-indigènes d'être ici ; je pense que cette culpabilité est véhiculée dans toute notre culture. Ça nous pousse à fermer encore plus nos corps, à protéger encore plus nos espaces. Je pense que c'est tacite, c’est non-dit, mais je le remarque, vous savez, en surface.

Je pense que la culture australienne, la culture australienne blanche semble assez accueillante et hospitalière, sociale, décontractée, et détendue, mais en fait nos frontières sont bien délimitées, nos murs, nos portes, et les frontières de notre propriété, de notre terre, sont assez élevées. Et nous protégeons vraiment ces bases et de manière importante, donc je suis toujours reconnaissant lorsque des personnes me donnent des conseils sur la manière de m'ouvrir davantage.

Je trouve cette invitation et la manière de répondre à une thématique aussi spécifique, est assez intéressante, parce que c'est très inhabituel, d'habitude, je ne travaille pas de cette façon. Cela me pousse un peu à me regarder, et à regarder la situation actuelle. Au cours de l'année dernière, au plus profond de moi-même, j'ai eu des moments très particuliers avec des amis et des collègues, pendant des visios, où quelque chose s'est produit assez spontanément lorsque nous avons simplement décidé de ne pas parler, mais d'être simplement ensemble, en visio, et de vaquer à nos occupations les uns avec les autres : pourquoi nous sommes en visio, préparer un repas, faire du thé, ou arroser mes plantes. Quelque chose de très intime s'est produit ici, où nous pouvons laisser tomber les codes de rencontre pour communiquer, dans une certaine mesure, en invitant l'autre dans nos vies, dans nos maisons. Peut-être quelque chose comme le changement de thé, ce changement d'énergie entre nous, le changement entre nous. C'était très significatif pour moi, ça m'a beaucoup aidé.

C'est ce qui a inspiré mes réponses artistiques à cette thématique et ce que j'aimerais faire et partager pour In Extremis cette année avec les projets Public Actions : Private Spaces Projects.

Luke George, avril 2021. Propos recueillis par Pauline Lattaque, traduits par Alexandra Geraci

THE JEWISH HOUR

Yuval Rozman

Lauréat du prestigieux prix Impatience avec The Jewish Hour, Yuval Rozman crée pour In extremis une version radiophonique de son spectacle, diffusée en direct sur les ondes de Radio Radio depuis l’isdaT. Cette fausse émission de radio de Netanya, animée par une journaliste et son frère technicien, accompagnés de nombreux invités dont un BHL à côté de ses pompes, interroge le judaïsme du XXIe siècle. Cette comédie déjantée aux allures d’un talk-show radiophonique aborde la question de l’identité juive et pose un regard acerbe et subtil sur ce peuple dont Yuval Rozman est originaire. La version scénique sera présentée au Théâtre Sorano à l’automne prochain en clôture du festival Supernova.
> Diffusion en direct uniquement sur Radio Radio 106.8 FM

Après des études au conservatoire national d’art dramatique de Tel Aviv, Yuval Rozman développe ses propres travaux comme auteur-metteur en scène. Son spectacle Cabaret Voltaire, avec l’acteur palestinien Mohammad Bakri, reçoit les félicitations du jury et le prix de la meilleure pièce du C.A.T International Théâtre Festival d'Israël. Depuis son installation en France, il a présenté ses créations aux festivals actOral, Artdanthé, Next, Latitudes Contemporaines, et collabore régulièrement avec les artistes Lætitia Dosch, Hubert Colas et Julien Andujar. En tant qu’auteur, il a écrit Sous un ciel bleu et des nuages blancs, Cabaret Voltaire, TBM – Tunnel Boring Machine, The Jewish Hour. Il a également aidé à l'écriture des spectacles Un Album et HATE de Lætitia Dosch. TBM a reçu les encouragements de la commission CNT/ARCENA. Il a été accueilli en résidence d’écriture à Montévidéo à Marseille, à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon et au Tripostal à Lille. Yuval Rozman est lauréat de "Résidence Sur Mesure" 2020 de l'Institut français pour la création de sa prochaine pièce Adesh, 3ème partie de La trilogie de ma terre.

 

THÉÂTRE RADIOPHONIQUE
15 > 16 Mai
sam 15 mai / 20:00dim 16 mai / 16:00
En partenariat avec l’isdaT - institut supérieur des arts de Toulouse, Radio Radio et le théâtre Sorano

durée 1h30
Création
gratuit
THE JEWISH HOURnote d'intention

The Jewish Hour In situ / radio locale est une performance sous forme d'une radio-amateurs dans laquelle trois comédiens interprètent : journaliste, technicien et invité. Notre collectif, sous ma direction, pousse le sens aiguë du jeu et de l’absurde pour rendre compte des relations politiques fines et multiples qui se tissent entre humains. Dans le cas de cette forme in situ, le burlesque est renforcé par le traitement "nu" de ce sujet si sensible de mes judéités. La création au plateau révélait derrière une "vraie" émission radiophonique les fines architectures politiques qui existent à l’intérieur d’un groupe réuni autour des prises de pouvoir, des attentes, des réjouissances, des séductions, des amitiés, des mensonges… De la même façon, l’Autre forme de The Jewish Hour entend montrer le drame qui se joue derrière une fausse émission, et à travers elle, à l’intérieur de la communauté juive. Dans un espace donné, le langage corporel proche des spectateurs, rendra visible les non-dits du langage verbal. Représenter une émission politique in situ en direct, réunit les deux préoccupations qui traversent notre équipe : jouer sur les thèmes complexes qui imprègnent notre engagement et figurer les notions de représentation et de rôle que l’on s’assigne. Dans The Jewish Hour, c’est la partition sur l’antisémitisme qui accorde les trois acteurs dans leur jeu. Les spectateurs assistent à une émission amatrice en construction permanente. C’est cet amateurisme qui crée un décalage entre les différents niveaux de lecture et qui multiplie les points de vue sur le judaïsme et sur la France d’aujourd’hui. Le ton joyeux et léger de l’émission accentue la gravité des thèmes abordés. Le cadre de l’émission de radio permet une mise en abyme du jeu pour confondre les différents niveaux d’interprétation : celui des acteurs, celui des figures, celui des figures qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas.
Le public peut ainsi naviguer de façon sensible et non didactique entre les différentes couches qui racontent, chacune, une histoire différente. Mon ambition est de remettre en perspective ce qui est perçu comme une évidence sur l’antisémitisme, et par là même, sur les rôles que nous jouons au quotidien. Ce que nous partageons dans un espace donné, à travers le format radiophonique, ce sont les rapports entre fiction et réalité qui nous fascinent, le singulier et le commun, le visible et l’invisible.

Yuval Rozman

THE JEWISH HOURPresse

"Enfin, le prix du jury est revenu à The Jewish Hour, un spectacle complètement déjanté où il est question de sionisme, d'antisionisme, d'antisémitisme dans un pays où les idées nationalistes filent bon train. Dans un studio d'une radio associative, une jeune animatrice, Stéphanie Aflalo, formidable, reçoit une heure durant ses invités. Paroles entrecoupées de jingles ratés ou approximatifs, invités aussi quiches que la tarte (un rabbin qui n'hésite pas à psalmodier les pubs : un basketteur israélien d'origine russe qui baragouine un hébreu borborygmé et incompréhensible), mais c'est lors de l'arrivée de la star (en israël, c'en est une), BHL, un Bernard-Henri Lévy emperruqué et chemise blanche de rigueur, que tout dérape, se dézingue. C'est gonflé, drôle, ça creuse les questions du nationalisme, ça appuie là où ça fait mal"

Marie-José Sirach, L'Humanité, février 2021

"Prix Impatience 2020, pour The Jewish Hour de Yuval Rozman. Avec cette comédie identitaire qui prend la forme d'un talkshow radiophonique, Yuval Rozman signe le deuxième volet de sa Trilogie de ma terre. Toujours sur le fil enre humour corrosif et gravité, le metteur en scène aborde frontalement la question de l'identité juive contemporaine et jette un regard aussi subtil qu'acerbe sur les obsessions et les névroses de son peuple."

Anaïs Heluin, www.sceneweb.fr, février 2021

THE JEWISH HOUREntretien

Quelle est votre définition de l’hospitalité ?
vais vous lire une citation que je trouvais intéressante, du livre de Vinciane Despret, Habiter en oiseau. Ce n’est pas une citation d’elle mais de Patrick Boucheron : « L’imagination est une forme de l’hospitalité, et nous permet d’accueillir, ce qui, dans le sentiment du présent aiguise un appétit à l’altérité. », « aiguise un appétit à l’altérité ». Je pense que le mot altérité est super important par rapport à l’hospitalité.

Qu’est-ce qui représente le plus l’hospitalité pour vous ? Pourquoi ?
Je pense que c’est mon chien. Peut-être que c’est bizarre et que je n’ai pas besoin d’expliquer, mais bon. C’est la personne qui est vraiment la plus heureuse au monde et la plus contente quand je rentre chez moi. Je me sens à la maison, - je trouve ça un peu pathétique- où nous sommes, tant qu'il est là.

En tant qu’artiste, quel sens ça a pour vous de participer à ce festival dont la thématique est « hospitalités » ?
En tant qu’artiste je ne sais pas mais c’est plutôt avec cette pièce qui est très liée, pour moi, à la question de l’hospitalité, la pièce de The Jewish Hour.
Je vais vous raconter une petite anecdote, une petite histoire. En fait, je suis israélien et ça ne fait pas très longtemps que je suis en France, bientôt huit ans. Mais ce vous ne savez pas, c’est qu'à chaque fois qu’un israélien, ou quelqu'un de ma famille en Israël ou ma famille aux États-Unis, apprend que tu habites en France, la première question que l’israélien ou le juif américain te pose c’est : « alors ils sont comment les français antisémites ? ». Antisémitisme. C’est le premier truc. Ce n’est pas le croissant, la tour Eiffel, Gérard Depardieu ou Juliette Binoche, c’est exactement la France et l’antisémitisme, en tout cas en Israël. Et à chaque fois, je réponds « Non, en fait je suis dans le milieu de la culture, je suis metteur en scène, j’entends beaucoup autour de moi la question de l’antisémitisme sauf que je ne l’ai jamais vécu personnellement » voilà, jusqu’à l’arrivée de l’écriture de cette pièce.
Un jour, j’étais derrière chez moi, je me suis retrouvé complètement par hasard au milieu d'une marche blanche, en mémoire de Mireille Knoll assassinée en 2018 au cimetière Père Lachaise. C'était un samedi entre République et Nation à Paris. Cette marché était censée être silencieuse contre ce crime antisémite. Et il y avait un mélange qui était vraiment le contraire de l'hospitalité : des hommes politiques, des pancartes, Mélenchon, Le Pen, tout ce qu’on veut, beaucoup de trucs pro-israéliens, anti-israéliens, antisémites, anti-juifs etc., tout ce mélange-là.
C’était vraiment une gazoline pour commencer à écrire cette pièce, pour parler de ce sujet dans une manière beaucoup plus ouverte, beaucoup moins politique. C’est ce qui va nous permettre d’entrer dans la complexité de plusieurs couches de ce sujet : le lien entre Israël, les juifs en France, le conflit israélo-palestinien et de parler de cet amour, de cette passion vers chez moi, mais aussi de ce manque vers chez moi, et aussi avec ce sentiment de critique, et parfois de colère.
Alors voilà, je suis très content de venir jouer chez vous. Au revoir, ciao !

Yuval Rozman, avril 2021. Propos recuillis par Pauline Lattaque, retranscrits par Alexandra Geraci 

LA DENT DOUCE

Arnaud Romet

Arnaud Romet vous donne rendez-vous pour vous la couler douce... chez le dentiste ! Eh oui, c’est possible (l’adresse du cabinet, en centre ville, vous sera communiquée lors de la réservation). Installés tout à votre aise dans un fauteuil dont le confort vous avait peut-être jusque là échappé, vous êtes invités à vivre une expérience sonore insolite, une sorte « d’opéra de bouche ». Après avoir récolté une myriade de sons provenant d’un cabinet dentaire, Arnaud Romet en a fait une création sonore électroacoustique qui vous fera découvrir la bienveillante harmonie de ces instruments d’ordinaire autrement menaçants.

Arnaud Romet, compositeur électroacoustique, réalisateur cinéma, metteur en scène et cofondateur de la cie iatus
Découvrez Arnaud Romet : http://arnaud.romet.free.fr/

CONCERT POUR UN AUDITEUR
15 > 29 Mai

durée 15 min
Création
gratuit, sur réservation au 05 62 48 54 77 du lundi au vendredi de 13h30 à 17h30
LA DENT DOUCEEntretien

Quelle est votre dé finition de l’hospitalité ?
Hôte / hôte accueil / écueil récit / récif ouvrir / courir intime / opprime trésor / ressort

Qu’est ce qui représente le plus l’hospitalité pour vous ? Pourquoi ?
Chaleur victuailles confort lallations soupirs premiers....
Le lieu où l’on souf fle où la respiration se sécurise se relâche par à-coups allant vers le repos accueillant l’étrangeté de l’ailleurs.
Un hospice sous les meilleurs auspices.
Un bon repas de fête après la fuite.

En tant qu’artiste, quel sens ça a pour vous de participer à ce festival dont la thématique est « hospitalités » ?
Avec mon projet Dent Douce j’invite l’auditeur / l’étranger dans un univers un peu craint, celui du dentiste qui est un univers de soins où il y a beaucoup d’attention à l’autre une prise en charge un accueil une tendresse molaire.... vestibulaire... une polie-sémie singulière.
Dans la préparation de ma composition, j’ai dessiné une petite grotte une cave comme lieu où les sons sont faibles et sussurent où l’intime se ramasse se love en forme de dent inversée de dent réceptrice...
Hospitalités moments de tension niveau -100 où la basse palpe où le pouls ralentit la concorde la tendresse et parfois l’amour la chamade devient douce « car demain main tendue du lointain tintement mandibule..... »
Entre « hospitalités » et « hostilités » il n'y a que « pa ».

Entretien avec Arnaud Romet, réalisé par Pauline Lattaque, avril 2021

LA DENT DOUCEnote d'intention

J'ai souvent caressé le rêve – comme une molette caressant une dent – dans ces longues séances de massages stoïques d'alpinisme dentaire, d'enregistrer les sons de ces manipulations pour en faire une composition, une abstraction sonore, une recomposition musicale… à partir des sons variés de roulettes, ponceuses, aspirateurs, aéropolisseurs, souffles aux infinies nuances…
C'est lors d'une discussion avec le Dr Gayrard, mon dentiste depuis près de dix ans à Toulouse, que s'est concrétisée cette idée. J'ai donc réalisé 2 séances d'enregistrements, sur 2 après-midis, dans son cabinet, les micros pointés sur le petit théâtre de bouche des patients et sur les machines et outils multiples. De ces sons récoltés, je propose une composition, qui soit un voyage turbulent vers un adoucissement de la dent, vers une plaine apaisée, composition que je compte donc appeler La Dent douce, avec délicatesse, rudesse, humour, tendresse…
Je dois dire que j'aime, dans mon exercice de la musique électroacoustique ou concrète, ce trajet qui va des sons du réel, quasi documentaire, vers une abstraction. Les séquences que j'ai capturées modulent souvent dans un vol plané, une concentration, une apnée, une recherche sonore très intéressante. Certaines captations brutes me font penser en elles-mêmes à des improvisations de musique contemporaine concentrées de belle facture.
J'activerai donc toute mon expérience d'électroacousticien pour moduler ces matières sonores vers des abstractions mentales. Le but étant avant tout de partir en voyage sonore. Ce projet sera présenté sous forme de concert / spectacle / installation pour 1 auditeur en solo, dans le cadre du cabinet de mon dentiste, en faisant asseoir chaque auditeur dans le fauteuil incliné du cabinet, entouré d'enceintes, pour un voyage solo de 10/15 minutes.
Il y a enfin dans ce projet une certaine dimension morale, une dimension d'apaisement, de maturation : de pardon. À l'inverse de cette expression d'« avoir la dent dure » -c'est à dire avoir la parole dure, la critique acerbe, ne pas pardonner, rester sur la colère et la récrimination… – passer ici à l'attitude de la « dent douce » – c'est-à-dire laisser passer les aspérités de la vie et aller vers un apaisement, une « magnanimité ». Avec un peu d'humour on pourrait même dire : aller vers un « aéropolissage ». Car la « dent » peut se révéler très douce à l'écoute, et musicienne…

Arnaud Romet

MOVIDAS RARAS / DRÔLE DE TRUCS

Rodrigo García

Une série de 7 épisodes de 10 minutes qui constituent une œuvre à mi-chemin entre l’art vidéo et une fiction avec des personnages.

Sûrement parce qu’il est l’homme d’un théâtre de crise, Rodrigo Garcia se devait de proposer une réaction artistique à la situation que nous traversons. Il imagine donc ici une série théâtrale de 7 épisodes, de 10 minutes chacun, diffusée exclusivement sur Internet. Le principe ? Les artistes invités (Denis Lavant, Angelica Lidell, Florencia Vecino, Volmir Cordeiro) reçoivent un kit filmique chez eux – fond vert, éclairage, pied de caméra pour leur portable ; ils se filment eux-mêmes en suivant les instructions de Rodrigo Garcia ; puis envoient le résultat au monteur et au musicien qui en travaillera le son… À découvrir ensemble (mais certainement sans les enfants) sur Vimeo à partir du mois de mai…

Teaser Jetons un coup d'œil sur ce projethttps://vimeo.com/531349702
Esquisse de personnages par Rodrigo Garcia : ici

Au théâtre Garonne il a présenté : Versus (en 2009), Mort et réincarnation en cow-boy (en 2011), C’est comme ça et me faites pas chier (en 2011), Golgota picnic (en 2011), Et balancez mes cendres sur Mickey (en 2015), 4 (en 2016), Evel Knievel contre Macbeth (en 2017)

 

 

 

 

 

FEUILLETON THÉÂTRAL
27 Mai > 20 Juin
à partir de 15 ans

durée 7 épisodes de 10 minutes
création art vidéo
MOVIDAS RARAS / DRÔLE DE TRUCSEntretien

Quelle est votre définition de l’hospitalité ?
L'hospitalité est un geste social, méprisable et faux comme un autre. Vous ouvrez vos portes à quelqu'un parce vous vous attendez à tirer profit de cette personne. En général, on ouvre les portes de son cœur à quelqu'un pour des raisons sexuelles ou économiques. Nous offrons notre hospitalité à ceux qu'on veut baiser ou ceux à qui nous voulons voler l'argent une fois que, séduits par notre hospitalité, ils se confient à nous.

Qu’est ce qui représente le plus l’hospitalité pour vous ? Pourquoi ?
L'obscurité. C'est pourquoi je ne suis pas hospitalier.

Entretien de Rodrigo Garcia, réalisé par Pauline Lattaque, avril 2021

ENCYCLOPÉDIE PRATIQUE

Lenio Kaklea [Paris]

Danseuse, chorégraphe et écrivaine, née à Athènes et basée à Paris Lenio Kaklea est en résidence à Garonne avec son projet polymorphe Encyclopédie pratique. Accompagnée d’Anaïs Barras, jeune plasticienne, elle vient y mener au cœur de foyers toulousains volontaires, une enquête autour de pratiques visibles et invisibles, et questionner l´intimité comme espace politique et social.
De ce matériau elle tirera une forme scénique créée spécialement pour In Extremis 2022, sous la forme d’un speed dating hors normes où les Toulousains pourront partager un ensemble de pratiques et de savoirs, allant de la course à pied à l’amour... En bref, tout ce qui participe de l’identité.

Découvrez le travail de Lenio Kaklea via son site internet : ici

RÉSIDENCE
19 > 22 Avril
théâtre Garonne
ENCYCLOPÉDIE PRATIQUEnote d'intention

À partir du paysage social de Toulouse, et des familles impliquées dans le projet Hospitalités, j’ai envie d’organiser durant une soirée une sorte de speed dating qui proposera aux habitant·e·s/praticien·enne·s toulousain·es d’échanger des savoirs et des techniques qu’elles ont développées. Toute sorte de pratique est bienvenue (faire du sport, de la couture, de l’amour ou se promener dans les chantiers). Il s’agit d’un cadre performatif qui permet de s’ouvrir vers les autres, de se connaître et de faire circuler des savoirs. Les détails sont à affiner lors de la residence à Toulouse mais ce qui est important pour moi, c'est qu'à travers ce dispositif, j’arrive à mettre en scène le goût de l’enquête et l’importance que les rencontres ont eu dans la création d’Encyclopédie pratique.
Première résidence en avril 2021
Une première résidence de recherche et de réflexion aura lieu la semaine du 19 avril 2021 au théâtre Garonne. Je serai accompagnée d’Anaïs Barras, assistante et  plasticienne. Avec ce dispositif, je souhaite proposer un cadre où le savoir technique et le savoir quotidien, le social et l’intime, le personnel et le collectif se rencontrent. Pendant cette première résidence, nous allons donc faire une recherche et expérimenter des formes possibles pour accueillir un grand groupe de personnes. Nous aimerions imaginer la rencontre entre toutes ces personnes et comment ça peut avoir lieu. Nous allons travailler sur les échanges à travers de questions, la discussion mais aussi leur circulation dans l’espace. Tout cela relève à la fois du scientifique, du chorégraphique et du quotidien.

Lenio Kaklea 

ENCYCLOPÉDIE PRATIQUEEntretien

Quelle est votre définition de l’hospitalité ?
Fournir un abri et partager les privilèges. Accepter que tout cela soit temporel.

Qu’est ce qui représente le plus l’hospitalité pour vous ? Pourquoi ?
L'image d'une assiette vide au cas où il faudrait la remplir.

En tant qu’artiste, quel sens ça a pour vous de participer à ce festival dont la thématique est « hospitalités » ?
Cela me fait penser à l'art comme à un échange.

Entretien de Lénio Kaklea réalisé par Pauline Lattaque, avril 2021