15 > 20 janvier

間 (MA, AÏDA...)

Camille Boitel et Sève Bernard / L'immédiat

spectacle tout public à partir de 8 ans

間 (ma, aïda...)

Camille Boitel et Sève Bernard
L'immédiat [France - Japon]

« est une pièce qui sert à user le théâtre jusqu’à la moelle. »

Camille Boitel et Sève Bernard

Cirque, danse, pantomime, acrobatie…, ou ma, ou aïda, – l’énoncé du titre est laissé au choix du spectateur – est un festival de micro-catastrophes, un cabinet de curiosités pour collapsologues bondissants (et chutants, donc), un best of burlesque d’apocalypses amoureuses : en une petite heure, un magnifique couple de scène (Camille Boitel et Sève Bernard) crée 36 saynètes et trouve autant d’occasions de « se manquer » : c’est-à-dire de presque se rencontrer, dans une succession de tableaux où les corps s’attirent, s’effleurent, et sombrent à l’unisson dans un décor brinquebalant, qui au fil du spectacle s’écroule pour finir en un crépusculaire et magnifique champs de ruines. Littéralement, le sol se dérobe sous les pieds de ces deux-là…
Quelque part entre Roméo et Juliette et Buster Keaton, Camille Boitel et Sève Bernard poursuivent en mode amoureux le brillant exercice de déconstruction théâtrale engagé avec L’Homme de Hus ou L’Immédiat, rejoints ici par un autre couple de musiciens / performeurs (les Japonais Tokiko Ihara et Jun Aoki), qui ajoutent encore à la poésie lunaire de cette symphonie de ratages (tous très réussis). 
Ébouriffant ballet autant que méditation ludique sur la nécessité de « rebondir », Ma est surtout une ode trépidante au désir qui jamais ne s’éteint.

Théâtre
15 > 20 Janvier
ven 15 jan / 20:30sam 16 jan / 20:30dim 17 jan / 17:00mar 19 jan / 20:00mer 20 jan / 20:00
présenté avec l'Usine


durée 50 min
Coproduction
Tarifs de 10 à 25€ + supplément de 3€
間 (ma, aïda...)Note d'intention

du théâtre sur le théâtre
36 spectacles dans un spectacle de moins d’une heure

variations de tentatives d’histoires d’amour impossibles
(on trouve des histoires d’amour dans la plupart des pièces de théâtre
ici il n’y a que ça, mais ça ne parle pas des histoires d’amour), ça ne parle que du
théâtre, le lieu où a lieu
pas un théâtre déjà fait, fini, défini, mais en train d’avoir lieu, d’arriver

est une pièce qui sert à user le théâtre jusqu’à la moelle essai
frénétique pour tenter de l’épuiser
ici rien n’est théorique, pas d’image, pas de métaphore, tout est réel, mécanique ... le
théâtre dans le théâtre fini en miettes

la pièce est avant tout un jeu d’intervalles et de rythme

le plus important de ce qu’elle dit c’est cette dégradation de l’espace qui a lieu
aussi il est un peu absurde de vous montrer les matériaux qui ne sont que le moteur de la
machine qu’ils mettent en branle, la machine étant en train d’être construite
eux-mêmes n’ayant qu’une strate de ce qu’ils seront
les matériaux seront réduits à leur minimum, condensés

ici les transitions, loin d’être un second plan, sont précisément ce qui nous intéresse il n’y
a pas de transition mais une écriture de l’entre
c’est la mutation d’un style à un autre
d’un rythme à un autre
d’une pièce à une autre

間 (ma, aïda...)Entretien

Dans toutes vos créations, vous portez une attention particulière aux spectateur·trices en leur laissant une grande liberté de recevoir, d'interpréter ce qui se passe au plateau. Une liberté poussée jusqu’à l'énoncé du titre que vous laissez au choix de chacun : « 間 » ou « ma » ou « aida ». Pouvez-vous nous parler de votre rapport au public ? et plus particulièrement dans ce spectacle ?

Nous écrivons toujours en espérant provoquer quelque chose d'inconnu, dégoter un recoin d'émotion, de sentiment, de sensation, de pensée, qu'on a inaperçu. Quelque chose qui donne à l'imprévisible tout sa qualité de surgissement. Aussi, finalement, notre spectateur idéal, ne saurait rien du spectacle avant d'arriver. Le plus important pour nous étant de l'emmener dans ce qu’il ne sait pas … Mais pour ce travail précisément, il s'agissait de parler d'amour. Tout cela s'est constitué à partir d’une commande japonaise sur les catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique, qui s'est transformée en une commande sur l'amour. Nous n'aurions jamais parlé d'amour, mais une fois que l'on s'est lancé, on s'est aperçu qu'on pouvait protéger quelque chose d'aussi fragile qu'un sentiment, de tous les préjugés qui le normalisent au quotidien. Ici, c’est un amour catastrophique, une tentative de s'attaquer à l'impossible en épuisant toutes les possibilités de l'impossible.
Le titre parle de cette commande, de la relation que nous avons avec le Japon, de la langue japonaise elle-même, qui laisse une très belle ouverture au déploiement du sens, et à la relation que nous avons avec lui.
Nous, écrivons autrement que par des mots, pour atteindre autre chose qu’un sens, plutôt une espèce de sentiment (la profondeur de la relation et de toutes les relations de toutes sortes, avec tout et tout le temps, l’infinité des relations, ce « entre » qui fait le tissu complexe d'un sentiment).

Vous présentez cette création comme « 36 spectacles dans un spectacle de moins d’une heure », quel est le fil conducteur entre ces différents tableaux ?

Donc, ces amours catastrophes, ces tentatives d'impossibilités de rencontres, parlent non plus de l'amour, mais du théâtre, il s'agit ici, d'une pièce sur l'écriture elle-même, l'écriture qui transforme des actes en poèmes. Le fil conducteur est infiniment subtil, il est insoumis au sens, il est cette construction d'une évidence, par un travail de partage de l'écriture, d'amour de l'écriture, par ce rêve de spectateur qu'écrit tout spectacle. Ici, il s'agit de surgir et de vivre, au milieu d'une scène en train de disparaître. C'est toujours un portrait de l'immédiat que l'on essaie de dresser, c'est-à-dire, essayer d'être à un instant donné, simultané avec l'intérieur du spectateur (de sa pensée ou de sa sensation). Et en étant simultané, nous écrivons un sens qui nous lie intimement, un sens à la fois très simple et très précis, un poème dont la thématique est toujours la même, en cela qu'elle nous rapproche de notre vie, de notre propre vitalité. La mélancolie de est celle de tous ceux qui ont perdu leur amour, la drôlerie est celle de tous ceux qui, en se perdant, ont trouvé le plus précieux d'eux-mêmes.

Pour cette création, vous vous êtes entouré d’un couple de musiciens japonais Tokiko Ihara et Jun Aoki. À l’Usine, nous développons depuis plusieurs années un partenariat avec la Région Occitanie et la Villa Kujoyama à Kyoto pour des résidences d’artistes et nous savons à quel point les échanges artistiques entre les deux pays sont riches. Comment cette collaboration pour la musique est-elle née ? Quelles inspirations puisez-vous du Japon et de sa culture ?

Tokiko Ihara joue dans les temples, elle joue pour un autre temps, dans un élan qui échappe à toutes les tentatives qui viennent du théâtre, elle joue pour le fin fond des choses, et sa musique est vieille comme la nature, il y a dans son intention quelque chose qui rend nos gesticulations, nos tentatives de survie, à la fois plus belles et plus drôles, plus futiles et plus profondes. Il y a son temps qui échappe au temps commun, et le nôtre qui par sa frénésie échappe à ce même temps convenu, quelque chose de l'immédiat par le chemin de l'instantané et de l'éternel. Notre partenaire de jeu et ami June Aoki, dit par qui il est, une profondeur du Japon. Sa simplicité, sa précision, son humilité, et la profondeur de sa présence, lui permet de surgir au milieu d'une scène pour en amener une autre, sans jamais rien illustrer ou ne jamais rien déranger. C'est cette délicatesse toute japonaise ; associé à cette espèce d'inventivité, de profusion toute occidentale, qui rend ce spectacle contrasté et particulièrement original. se termine par la rencontre du timbre du bandonéon d'un artiste Franco-Argentin, Nahuel Menendez et du sho traditionnel japonais de Tokiko Ihara, qui dit bien cet entre deux si subtil, ce désaccord si harmonieux, ce jeu de dissonances qui donne la musicalité spécifique de cette œuvre.

entretien Camille Boitel et Sève Bernard, propos recueillis par l'Usine le 25 juin 2020

間 (ma, aïda...)Générique
Coproduction

écriture (chorégraphie, scénographie, lumière, son) Camille Boitel et Sève Bernard
interprétation Tokiko Ihara, Jun Aoki, Camille Boitel, Sève Bernard
invité spécial (musique) Nahuel Menendez
régie son (à la création) Yuki Suehiro
chef d’atelier Vincent Gadras
construction l’atelier de la Maison de la Culture Bourges
construction des effets scéniques Mok, et l'ensemble de la compagnie
régie générale Michael Schaller
régie son Michaël Schaller, en alternance avec Pierre-Olivier Boulant
régie lumière Jacques Grislin
régie plateau Christophe Velay, Audrey Carrot et Arnaud Dauga
assistant plateau Kenzo Bernard

production, diffusion, administration L’immédiat / Elsa Blossier
production cie L’immédiat
coproductions Festival Montpellier Danse 2019 ; Tokyo Metropolitan Theater ; Manège de Reims , scène nationale ; CDN de Lorient ; CCN2 - Centre chorégraphique National de Grenoble ; Maison de la Culture de Bourges (construction de la scénographie) ; théâtre Garonne, scène européenne - Toulouse ; l’Usine, Centre national des arts de la rue et de l’espace public (Tournefeuille / Toulouse Métropole) ; Maillon, théâtre de Strasbourg - scène européenne ; le Centquatre - Paris.
avec le soutien de La Brèche, Cherbourg ; Le Cube ; Les Subsistances ; l’Institut Français dans le cadre de Cirque Export 2018 ; l’Arsenal, théâtre de Val-de-Reuil ; Le Domaine d'O ; La Fonderie du Mans ; le FONDOC.
Avec l’aide à la création de la DGCA.
L’immédiat est en convention avec le Ministère de la Culture – DRAC Ile de France et reçoit le soutien de la Région Ile de France au titre de l’aide à la permanence artistique.
L’immédiat bénéficie du soutien de la Fondation BNP Paribas pour le développement de ses projets.