24 > 28 novembre

Privacy

De Warme Winkel & Wunderbaum
[Pays-Bas]

dossier de Presse

Privacy

De Warme Winkel & Wunderbaum [Pays-Bas]

Privacy is no longer a social norm. Marc Zuckerberg

« La vie privée n’est plus la norme sociale ». C’est ce que déclarait en 2011 Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook. Jusqu’alors, l’exposition de la sphère privée restait l’apanage d’artistes volontiers provocateurs. De nos jours, la transparence a gagné toute la société, et c’est une prérogative banale que d’ouvrir à chacun, via les réseaux sociaux, les portes de son intimité. Mais la transparence totale a-t-elle réellement tué la vie privée ?

Couple à la ville comme à la scène, Ward Weemhof (De Warme Winkel) et Wine Dierickx (Wunderbaum) se prêtent dans Privacy à un strip-tease des plus dérangeants en jetant en pâture au public l’essentiel de leur histoire commune, mêlée à des épisodes célèbres de déballage people : anecdotes personnelles – émouvantes, triviales ou franchement embarrassantes – interfèrent donc avec les apparitions incongrues et poilantes de Yoko Ono et John Lennon (prônant la paix depuis leur chambre nuptiale) ou de la Cicciolina (mêlant allègrement ferveur politique et élans érotiques). Et au fil de cette symphonie désaccordée de confessions, les deux acteurs mis à nu – au propre comme au figuré ­– démontrent avec panache et délicatesse que c’est finalement dans l’indicible, et l’inmontrable, que se cache réellement le cœur de l’intimité. Et, n’en déplaise à Facebook, que le masque et la pudeur restent des attributs nécessaires, dans la vie comme au théâtre.

Contact Presse

Bénédicte Namont
b.namont@theatregaronne.com
+33 (0)5 62 48 56 52

Assistée d'Ida Jakobs
i.jakobs@theatregaronne.com

Théâtre
24 > 28 Novembre
ven 24 nov / 20:30sam 25 nov / 20:30lun 27 nov / 20:00mar 28 nov / 20:00
théâtre Garonne

durée 1h20
de 10 à 25 €
PrivacyGénérique

en néerlandais surtitré

concept & interprétation Ward Weemhof & Wine Dierickx
musique & composition S.M. Schneider
dramaturgie & écriture Joachim Robbrecht
mise en scène finale Marien Jongewaard
traduction Rob Klinkenberg
scénographie, création lumière Theun Mosk
production & technique Sabine Oldenburg
diffusion internationale Line Rousseau & Marion Gauvent, A propic.

technique Manuel Boutreur

remerciements à Florian Hellwig

De warme Winkel
direction Silvie Dees
diffusion Marloes Marinussen
diffusion internationale Line Rousseau & Marion Gauvent, A propic
production Carry Hendriks
administration Thomas Vandewalle
communication Sanne van de Kraats
coordination technique HP Hulscher

Wunderbaum
direction Maarje van Doodewaard
administration Margreet Bergmeijer
diffusion Josine Gilissen

production HAU, De Warme Winkel & Wunderbaum
coproduction Holland Festival, BIT Teatergarasjen
avec le soutien de Ammodo & Haupstadtkuturfonds et Toneelgroep Amsterdam
un projet House on Fire

PrivacyPortrait

Trublion de la scène néerlandaise, le collectif De Warme Winkel crée des spectacles bruts de décoffrage où le jeu d’acteur et les talents d’improvisation sont prépondérants. Il a présenté à Garonne We Are your Friends (2013) et Tanizaki (2016). Wunderbaum est également un collectif dont les acteurs (dont Wine Dierinckx, vue chez tg STAN), hollandais et flamands, inventent ensemble textes et mises en scène le plus souvent en prise avec l’actualité.

PrivacyEntretien

Interview Ward Weemhoff de De Warme Winkel

Votre approche du théâtre est très personnelle : vous ne travaillez pas le répertoire et n’adaptez pas de texte, à la place vous préférez vous intéresser à un thème, un auteur ou une époque. Qu’est-ce que la mise en scène signifie pour vous ? Qu’est-ce qu’être en scène signifie artistiquement, politiquement, personnellement ?

Un des moteurs de notre travail est, pour nous, de montrer le créateur sur scène. Il n’y a pas de metteur-en-scène qui tire les ficelles ou qui a décidé du cadre dans lequel nous avons le droit d’évoluer. Il en est de même pour la forme, nous n’incarnons pas de « personnages » au sens classique du terme. Nous adoptons différents rôles de façon à ce que le public soit sans cesse conscient du travail du performeur. Dans Privacy, nous incarnons tour à tour Slavoj Zizek, Jeff Koons and la Cicciolina, John Lennon et Yoko Ono et nous-même. Il n’y a pas de ligne narrative car nous aimons que la performance soit à la fois intellectuellement stimulante et poétique. Notre spectacle est un peu comme un essai japonais, il interroge un sujet précis en donnant une multitude d’exemple tirés de la vie quotidienne ou d’œuvres d’art – ce qui n’est pas du tout le cas des essais occidentaux.
En tant que personnes et qu’artistes, nous aimons sonder et questionner notre intérêt pour de nouveaux sujets, de nouvelles cultures, pour des artistes inconnus ou oubliés, afin de créer à chaque fois de nouvelles formes. Pour We Are Your Friends, nous avons mis en scène un faux dialogue Skype. Dans Gavrillo nous avons tourné un film en live. Pour Achterkant nous avons secrètement joué pour un public réduit dans les coulisses d’une performance live d’Ivo Van Hove. Dans Kokoscka live ! nous incarnions les versions vivantes des tableaux d’un musée. Et dans San Francisco notre performance consistait en l’absence de performance ; le public était confronté à des acteurs qui s’excusaient pendant deux heures du fait que leur spectacle ne fonctionnait pas.

A propos de votre expérience dans We Are Your Friends, vous écriviez qu’il était important d’ « entreprendre quelque chose avec le public » et « d’interroger les spectateurs dans et sur leur réalité quotidienne », et vous souligniez l’importance des dialogues ou débats « vivants et concrets » que cela engage avec eux. Vous notiez aussi que les lieux où vous donnez vos spectacles sont une source d’influence. Pourriez-vous nous parler de cette porosité qui concerne autant votre lien au public que votre relation au lieu ? Vous mettez-vous des limites ou des frontières dans votre dialogue avec ce qui est extérieur au spectacle proprement dit ?

Nous sommes très conscients de la présence des spectateurs. Nos courtes tournées aux Pays-Bas nous permettent d’improviser et de faire des blagues avec des références culturelles locales par exemple. We Are Your Friends s’adressait à un public européen donc autant dans le contenu que dans le langage nous faisions en sorte que le public ressente que le spectacle tournait à Prague, à Lisbonne ou à Berlin, que l’idée d’Europe était présente pour ainsi dire.
Il n’est pas toujours nécessaire de faire des références locales surtout avec des sujets plus universels comme la vie privée. Mais quand nous montons nos spectacles, il nous est important de créer un sentiment d’urgence, tant dans la forme que dans le contenu. Il nous tient à cœur de transmettre qu’il y a quelque chose en jeu. La performance a lieu « dans le moment », afin que le spectacle ne ressemble pas à un disque que l’on rejouerait chaque soir.

A Toulouse, vous avez présenté deux spectacles – We Are Your Friends et Tanizaki – et Privacy prolonge ce dernier par son exploration de notre rapport à la vie privée et à l’intimité. Vos deux précédents spectacles étaient radicalement différents, qu’est-ce qui caractérisera Privacy ?

En effet, Privacy fonctionne en diptyque avec Tanizaki, les deux pièces partage le même sujet. Mais là où dans Tanizaki nous nous intéressions à l’ombre et à ses secrets considérés comme espace attirant, dans Privacy nous nous exposons totalement afin de voir s’il est possible d’être séduit par ce qui est sous le feu des projecteurs. Mis à part cela, la forme est radicalement différente, même si sur scène nous travaillons à nouveau avec le talentueux musicien, S. M. Snider, qui a aussi collaboré avec Florentina Holzinger. Privacy table davantage sur la performance et intègre de la vidéo.

Est-ce Privacy sera une davantage une production hollandaise perçue comme exotique en dehors de vos frontières ou est-ce que son message sera davantage « universel », disons lié à une conception européenne ou occidentale de l’intimité et de la vie privée ?

Bien entendu, nous souhaitons que le spectacle convoque un aspect plus universel même si les spectateurs le perçoivent toujours à partir de leur expérience personnelle.
Nous nous insérons dans une chronologie d’artistes/performeurs reconnus (John/Yoko, Koons/Cicciolina, Ward/Wine), avec un clin d’œil à Abramovic et Ulay [couple de performeurs]. Les questions que nous posons concernent toutes les époques, elles sont particulièrement pertinentes aujourd’hui comme chacun.e peut s’exposer alors que c’était jusque-là un privilège réservé aux artistes.

 

Interview & traduction : Adèle Cassigneul