22 > 28 juin 2018

Tel Aviv Fever

YASMEEN GODDER, ROY ASSAF, HILLEL KOGAN
& LE BALLET DU CAPITOLE

 

 

 

 

dans le cadre de l'année France-Israël
 

Dossier de presse

Tel Aviv Fever

Roy Assaf
Yasmeen Godder
Hillel Kogan
Ballet du Capitole

TROIS CHORÉGRAPHES ISRAÉLIENS YASMEEN GODDER, ROY ASSAF ET HILLEL KOGAN, SONT CONVIÉS À TOULOUSE POUR LA CRÉATION DE TROIS PIÈCES AVEC LES DANSEURS DU BALLET DU CAPITOLE. UN ÉVÉNEMENT COPRODUIT PAR LE THÉÂTRE DU CAPITOLE, LE THÉÂTRE GARONNE ET LE FESTIVAL MONTPELLIER DANSE, DANS LE CADRE DE LA SAISON FRANCE-ISRAËL 2018.

Hillel Kogan offre une certaine vision du monde avec une indépendance et un réel engagement. L’approche du corps, souvent féminine, de Yasmeen Godder, met la danseuse dans le jeu sensible et furieux des états de corps proches de la performance. Roy Assaf est loué pour sa chorégraphie sincère qui révèle une «physicalité» et une fragilité humaine. Un vent de danse soufflera de Tel Aviv à Toulouse !

Kader Belarbi

 

Tel Aviv Fever sera à Montpellier Danse les Lun. 02 & mar. 03 juillet à 19h30 à hTh / Grammont, Chateau de Grammont, Montpellier

Danse
22 > 28 Juin
ven 22 juin / 20:30sam 23 juin / 20:30mar 26 juin / 20:00mer 27 juin / 20:00jeu 28 juin / 20:00
théâtre Garonne
durée 2h (avec entracte)
Coproduction
de 25€ à 10€

3 chorégraphes

Chorégraphe israélienne parmi les plus influentes et les plus talentueuses de sa génération, Yasmeen Godder donne à voir, depuis une vingtaine d'années, «un langage à la fois singulier et universel où le corps devient matière à toutes les transformations, sous le regard d'un public dont la fonction et les émotions sont constamment questionnées.»

> www.yasmeengodder.com

Véritablement révélé en France en 2016, au Festival d'Avignon, avec son spectacle chorégraphicomique We Love Arabs, pour lequel il a reçu le titre de «Créateur remarquable» du Cercle israélien de Critiques de danse, Hillel Kogan créera une pièce spécialement pour trois couples de danseurs. Danseur, acteur, dramaturge, il est également l'assistant du grand Ohad Naharin (Batsheva Dance Company) et donne des cours et des ateliers de danse «Gaga», langage du mouvement développé par Naharin lui-même.

> www.hillelkogan.com

Roy Assaf, quant à lui, avoue n'avoir jamais fait autre chose que danser… Chaque week-end il allait danser dans le studio d'Emanuel Gat, avant d'intégrer sa compagnie en 2004. Depuis lors, il a créé sa propre troupe et ses propres chorégraphies.

> www.royassafdance.com

Danse
22 > 28 Juin
Tel Aviv Fever
Roy Assaf
Yasmeen Godder
Hillel Kogan
Ballet du Capitole

1 ballet

Pendant plus de deux siècles, le Ballet du Capitole est dédié à l’art lyrique : il danse les divertissements des opéras présentés sur la scène du Théâtre du Capitole. Il faut attendre 1949 pour que des soirées entièrement consacrées à la danse soient proposées, à l’initiative de Louis Orlandi, maître de ballet et chorégraphe. Le Ballet du Capitole va enfin devenir une compagnie de ballet au plein sens du terme. Il connaît dès lors de belles heures avec ses directeurs de la danse successifs. 

C’est en août 2012 que Kader Belarbi, danseur étoile et chorégraphe, se voit proposer la direction de la danse au Théâtre du Capitole. Une nouvelle page s’ouvre alors pour le Ballet du Capitole. Son nouveau directeur et créateur s’attache au maintien de la tradition du grand répertoire classique et néoclassique tout en ouvrant le Ballet à la diversité des esthétiques et en faisant la part belle à la création contemporaine.

Le projet artistique et l’ambition de Kader Belarbi sont de doter le Ballet du Capitole d’un large répertoire classique et d’ouvrir la compagnie en diversifiant ses répertoires, mais également de favoriser l’élargissement de ses publics, son inscription sur le territoire régional et son rayonnement international.

Tradition et modernité résument la vocation du Ballet du Capitole. Fort de 35 danseurs de 11 nationalités différentes, il offre, de saison en saison, le reflet d’un ballet vivant, en phase avec son temps, ouvert à tous.

Danse
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Hillel Kogan
Ballet du Capitole
Tel Aviv FeverEntretien

Comment est né ce projet de collaboration entre le Ballet du Capitole et le théâtre Garonne ?

Jacky Ohayon – Approchés tous deux par les commissariats des deux pays dans le cadre de l’année croisée France-Israël pour proposer des projets, nous avons vu là l’occasion de donner un écho à la vitalité et à l’effervescence de la danse israélienne actuelle, et d’y répondre en invitant trois personnalités artistiques pouvant donner leur temps, leurs pièces, leurs visions, aux danseurs du Ballet du Capitole.

Kader Belarbi – Ce que j’aime ici c’est la configuration de ce partenariat avec le théâtre Garonne, confrontant l’énergie de la danse portée par ces chorégraphes israéliens à celle des interprètes du Ballet. C’est ce qui m’excite dans ce projet: l’instant capital de la rencontre qui va amener ces artistes à rencontrer quelque chose ici, à Toulouse, avec des danseurs qui vont eux aussi devoir sortir de leur cadre habituel.

L’idée est en effet de faire se rencontrer, dans un temps relativement court, chorégraphes et interprètes des deux pays pour les inviter à créer de nouvelles pièces…

J. O. – C’est important de s’arrêter sur le fait que ce sont des créations : c’est une première pour nous, mais c’est également une première pour au moins deux des chorégraphes du programme, de travailler avec les danseurs d’un ballet. Au-delà du résultat final, c’est une étape importante à ce stade de leur carrière. La danse en Israël – de ses expressions folkloriques à son accomplissement plus contemporain – a aussi une dimension politique, dans ce que les corps ont à raconter de la situation du pays. La danse est critique, et constitue également pour le public un langage commun, non seulement dans le pays mais partout dans le monde : elle est envisagée comme un langage d’ouverture. Nous avons choisi de travailler avec des artistes qui vivent et travaillent là-bas, d’où cette urgence, cette dimension politique très présente. La question est de savoir comment ce langage va être partagé avec les danseurs du Ballet.

K. B. – Déjà des intuitions de cet ordre sont apparues, par exemple quand Hillel Kogan est venu pour un workshop de trois jours avec les danseurs du Ballet, j’ai perçu cette urgence dont tu parles, il a tout de suite posé des questions, auxquelles les danseurs ont d’abord répondu avec timidité, il a fallu une forme de déshinibition de la part des danseurs, et c’est vite devenu une adresse assez sociale, assez directe. Ca s’est fait par exemple sur des musiques de night-club, et d’un coup ce sont des états de corps qui se manifestent et se mettent à parler. J’ai senti que Hillel recherchait à travers ces esprits et ces corps une motivation pour sa création. De la même façon Yasmeen a travaillé avec les danseuses sur une forme particulière d’intimité – c’est souvent le cœur de son travail –  et j’ai trouvé superbe de voir ces danseuses laisser tomber les pointes, chausser des baskets, et à partir de là oser laisser sortir d’elles-mêmes des choses très intimes. Pour cette audition une grande place a été laissée à chacune pour, non pas interpréter, mais être dans l’état requis. Travailler avec des états de corps et avec la personne dans son entier, c’est je pense l’enjeu pour ces trois chorégraphes, chacun empruntant un chemin différent.

J. O. – Les rencontres préparatoires ont donné lieu à un enthousiasme partagé mais aussi à une certaine retenue et à beaucoup de questionnements de la part des chorégraphes : comment pouvaient-ils imaginer en peu de temps d’accepter cette proposition, de répéter parfois à distance, de concrétiser la rencontre artistique ? Mais dans ce temps court de travail de désirs et de doutes partagés, je suis persuadé qu’il va se passer quelque chose qui dépasse ce qu’on peut appeler la « fabrication d’un spectacle ».

On parle de rencontre, on pourrait tout aussi bien parler d’un exil artistique, pour les chorégraphes et les interprètes.

K. B. – Deux danseuses vont être envoyées à Tel Aviv pour travailler avec Yasmeen, dans le contexte israëlien, et vont ensuite revenir pour travailler ce matériau différemment, dans le contexte du Ballet. Donc oui, bien évidemment ces différents moments vont modifier la relation mais aussi le résultat final. Roy, qui travaille sur l’idée d’une masse avec de 5-6 couples de danseurs, envisage ça de façon très différente : lui n’a rencontré personne, il va engager le travail directement à son arrivée à Toulouse, ça va être une confrontation très spontanée, une réelle urgence ! Quant à Hillel il a deux thématiques en tête, il se décidera en fonction de sa rencontre avec trois couples de danseurs. Lui aussi travaille sur ce que sont les interprètes, hors de tout présupposé ou tout académisme.

Dans son accueil dans les murs du théâtre Garonne, on pourrait dire que le Ballet lui-même est « hors sol », dans une forme d’exil…

J. O. – Le Ballet commence à circuler sur différentes scènes de la ville, c’est une ouverture pour accueillir différents publics, et c’est aussi  la reconnaissance du fait que son travail n’est pas réservé au public du théâtre du Capitole. Il me semble, Kader, que cela donne sur cette ville une perception plus large et plus juste de ce que vous êtes en tant que ballet.

K. B. – Tu parles d’exil mais oui, soyons hors frontières ! Simplement pour partager – et pas uniquement les publics. Reconnaissons nos différences, mais acceptons aussi que nous pouvons quand même nous retrouver, par-delà nos désaccords. Il est toujours possible de trouver de merveilleux terrains d’entente : c’est en résumé toute l’histoire de ce que nous essayons de faire avec Tel Aviv Fever.
 

propos recueillis par Stéphane Boitel, avril 2018

Tel Aviv FeverEntretien

Pouvez-vous nous parler de vos choix de chorégraphes qui ont déterminé votre parcours ?

Roy Assaf : La rencontre de personnes qui ont cru en moi, m’ont fait confiance, m’ont soutenu et ont eu la générosité de me faire partager leur savoir, leurs réseaux et leur expérience. Je pense à Regba Gilboa, Emanuel Gat, Naomi Perlov, Yair Vardi, Anat Assaf, Stephen Shropshire, Jeremie Bernheim, Ariel Freedman et Ohad Naharin.

Hillel Kogan : Je ne ressens pas que le monde du ballet soit très loin de moi. Dans ma formation de danseur, il y avait beaucoup de danse classique, et les compagnies avec lesquelles j'ai dansé dans le passé avaient toujours un lien artistique avec l'esprit du ballet. En tant que danseur, j'ai travaillé avec un grand nombre de chorégraphes qui, de plusieurs manières, étaient reliés au langage du ballet ou à ses traditions. La technique, la virtuosité, le lyrisme, l'abstraction… sont des notions qui ne me sont pas du tout étrangères. Elles sont même présentes dans beaucoup de mes œuvres, même si je considère mon travail comme «contemporain». Je pense donc que même si mon "monde" artistique ne relève pas exclusivement du domaine du ballet, je peux trouver beaucoup de choses en commun avec l'esprit du ballet. Plusieurs années en arrière, j'ai même créé une petite pièce pour les danseurs du Ballet national du Portugal. Quand je suis venu, il y a un an de cela, pour rendre visite au Ballet du Capitole, à Toulouse, j'ai trouvé que les danseurs étaient forts et virtuoses, et j'ai également ressenti une ouverture d'esprit et de bonnes vibrations. Je vais me relier à tout cela, plutôt qu'à ce qui nous sépare dans la dichotomie entre "classique" et "contemporain" Je suis persuadé que nous trouverons un langage commun, puisque mon intérêt artistique ne réside pas du tout dans le style ou l'esthétique de la danse, mais dans les questions qu'elle soulève.

Venant de la danse contemporaine, comment appréhendez-vous le travail avec les danseurs du Ballet du Capitole ?

Yasmeen Godder : Assurément, c’est une nouvelle aventure pour moi. Je ne sais pas encore ce que cela signifie de travailler avec une danseuse qui pratique principalement une danse de ballet mais j’ai hâte de le découvrir car je suis persuadée que cela produira du nouveau.

Roy Assaf : Je l’envisage comme l’opportunité de m’enrichir auprès de danseurs que je ne connais pas encore et que je n’ai pas encore rencontrés. Cela signifie pénétrer en terrain inconnu et avancer à tâtons dans une obscurité que ma rencontre avec eux illuminera.

Hillel Kogan : Je n'aime pas trop les généralisations et les «nationalisations» des formes d'art. Je ne suis pas sûr qu'il existe une danse israélienne ou une danse française. En tout cas, même si cela existe, je n'ai aucune idée de ce que cela signifie. Certains artistes israéliens sont en conversation avec la vie locale israélienne, et d'autres y échappent en tendant vers l'universalisme. En posant cette question, je crois savoir ce que vous voulez entendre : Israël est un lieu de conflit et de violence, et cela pourrait se refléter dans la danse des chorégraphes israéliens ainsi que dans la façon dont les danseurs israéliens bougent et s'expriment à travers leurs corps. Mais j'ai tendance à croire que c'est juste un cliché.

Pour moi, quelle que soit la culture à laquelle nous appartenons ou à laquelle nous nous identifions, le corps est toujours le reflet des idéologies sociales qui ont lavé nos cerveaux et que nous avons intériorisées. Et c'est particulièrement vrai en ce qui concerne le corps du danseur, parce que je crois qu'en apprenant comment bouger et comment développer les compétences de la danse, le danseur est devenu un témoignage émouvant des idéologies qu'il a possédées et qui l'ont possédé. La ballerine apprend à bouger comme une «vraie» femme devrait bouger, comme un cygne ; elle apprend à être délicate, soumise et féminine. Tandis que les danseurs apprennent d'autres choses pour pouvoir bouger comme des hommes. Je m'intéresse à la manière dont le corps demande quelles valeurs et quelles idéologies le meuvent et le gèrent. La façon dont nous marchons, dont nous tombons, dont nous nous asseyons, dont nous sautons, dont nous courons, dont nous nous tenons, dont nous nous touchons et dont nous nous frappons - tout cela sont des expressions d'idéologies qui nous possèdent. Alors, la liberté du mouvement existe-t-elle vraiment ? De quelle manière nos corps sont vraiment libres et que voulons-nous dire quand nous disons que la danse est libre ? N'apprenons-nous pas, en tant que danseur, à imiter si bien la «liberté» qu'elle devient en réalité une illusion ? Le ballet ne parle-t-il pas un peu de l'illusion de la légèreté et du mouvement sans effort, alors que la ballerine expérimente le contraire pour y parvenir ?

La scène israélienne en danse contemporaine est extrêmement vivante,  effervescente : quel dialogue entretient-elle avec les mondes qui l’entourent ? Selon vous, qu’interrogent le corps et le travail sur le corps ?

Yasmeen Godder : Il m’est difficile de me prononcer sur la danse israélienne en général. Je peux seulement parler de mon travail et de l’approche que je développe. Il me semble que, quand on l’observe, le corps s’exprime sur différents niveaux. Il renvoie à des mouvements qui ont été appris dans un contexte à la fois social et politique. Il est lié au regard des spectateurs qui l’observent et l’examinent. Et il également relié à un désir et un besoin primitifs profonds qui excèdent le rationnel. Je m’intéresse aux manières dont ces différents niveaux interagissent dans le contexte d’une performance. Je m’intéresse aux efforts du corps pris entre ces différentes questions.

Roy Assaf : La scène israélienne est aussi vivante car celles et ceux qui l’animent sont infatigables. La production est considérable, elle se fait dans des circonstances souvent difficiles, en quartiers confinés. Pour moi, travailler sur le corps, c’est être conscient de la douleur qui saisit mon cou et mes genoux ainsi que de cette question lancinante, «jusqu’à quand ?».

Hillel Kogan : Je voudrais poser quelques questions sur la danse. Qu'est-ce qui est faux et qu'est-ce qui est réel ? Pouvons-nous déceler notre nationalité dans la façon dont nous dansons ? Qu'est-ce que la "danse israélienne" et qu'est-ce que la "danse française"? Y a-t-il une façon de bouger à la française ? Les danseurs du Ballet du Capitole dansent-ils d'une manière «française» ? Le cliché du mâle en tant que chasseur apparaît-il aussi dans le monde de la danse ? Les danseurs du Ballet du Capitole sont-ils des chasseurs ? Le cliché de la femme en tant que mère apparaît-il aussi dans le monde de la danse ? Les danseuses du Ballet du Capitole sont-elles des mères ? Le monde de la danse est plein d'homos. Sont-ils aussi des chasseurs ? D'autres questions qui traitent des conventions et des clichés du monde de la danse, et peut-être en particulier, du monde du ballet : quelle idéologie, ces conventions et ces clichés promeuvent-ils ? Est-ce que le public du ballet veut que le danseur fasse autant de pirouettes que possible ? Ou veut-il que le danseur tombe et échoue à faire des pirouettes ? Quel est le lien entre virtuosité et échec ? La virtuosité est-elle humaine ?

Pouvez-vous, d’ores et déjà, nous donner une idée de votre projet ?

Yasmeen Godder : Il s’agit d’un solo pour danseuse. L’idée elle-même est très inspirante, mettre en scène la voix unique d’une femme et la laisser s’exprimer. Ce sera mon point de départ pour explorer sa présence dans son lien avec les spectateurs.

Roy Assaf : Je peux seulement dire ce que je peux chaque fois dire d’un projet avant qu’il ne soit fait: que je ne sais rien. Tout est devant moi, toutes les options sont envisageables. J’ai le désir de collaborateurs généreux et bienveillants, curieux, déterminés et audacieux. Je suis rempli d’espoir, j’ai peur et je prie de ne pas m’être trompé de métier.

Hillel Kogan : Depuis de nombreuses années, j'admire Merce Cunningham. J'ai longtemps travaillé avec Ohad Naharin. Ces deux artistes ont influencé mon travail de par leur approche de la composition, de par les questions qu'ils ont posées à travers leurs langages de danse et à travers leurs œuvres, leur héritage:  qu'est-ce que la danse ? quel est le travail du danseur ? questions sur l'abstraction et sur la condition humaine ...

Entretien élaboré et traduit par Adèle Cassigneul et Carole Teulet

Tel Aviv FeverPresse

Saison France-Israël : la danse à l’honneur

 

La Saison France-Israël débutera en juin prochain avec une programmation danse très fournie.
La Saison France–Israël se déroule simultanément dans les deux pays, de juin à novembre 2018. Elle donne lieu à une programmation pluridisciplinaire, artistique, scientifique et économique. Cette année croisée sera particulièrement tournée vers la jeunesse et l’innovation. Elle suivra deux axes : le métissage des disciplines ; penser et construire le monde de demain. Selon Cécile Caillou-Robert, Commissaire Générale pour la France de cette Saison, «la danse est un axe fort de la programmation avec une centaine de dates en France et en Israël. D’une part parce que la danse israélienne est très créative, mais surtout parce qu’il existe déjà beaucoup de relations nouées entre les deux pays, avec une coopération assez forte.» La programmation regroupera trente compagnies, soit environ quinze de chaque pays. En Israël, les compagnies françaises seront présentes sur deux temps forts : en juin au Festival de Jérusalem, et en octobre au Centre Suzanne Dellal à Tel-Aviv, temple de la danse en Israël. En France, on sait déjà que la Batsheva Dance Company sera très présente, avec une grosse tournée, notamment à Chaillot – Théâtre national de la danse. «Mais nous avons aussi souhaité mettre l’éclairage sur la jeune création. C’est pourquoi nous avons impulsé en amont des rencontres professionnelles à Tel Aviv.» remarque la Commissaire. Si la programmation danse est aussi étoffée, c’est que les chorégraphes israéliens sont connus de longue date dans l’Hexagone, et que leur talent n’est plus à démontrer. «Nous avons juste un peu poussé pour que des jeunes un peu moins connus soient inclus.» explique Camille Buttin, en charge des arts de la scène au Pôle des saisons de l’Institut Français. Dans ce dispositif, il est également prévu des rencontres entre écoles de danse, par exemple dans le projet Passerelles mené par le CCN de Rillieux-la-Pape dirigé par Yuval Pick, qui mêle des jeunes de Rillieux et de jeunes israéliens.

Indépendance et singularité

Les premiers spectacles de cette année croisée auront lieu principalement à Toulouse au théâtre Garonne et au festival Montpellier Danse qui programmeront tous deux la soirée Tel Aviv Fever du Ballet du Capitole de Toulouse, avec trois créations signées Yasmeen Godder, Roy Assaf et Hillel Kogan qui ont eu Carte blanche. On pourra également découvrir à Montpellier Danse une création de Marlène Monteiro-Freitas pour la Batsheva Dance Company. «L’origine de cette programmation, explique Kader Belarbi, directeur du Ballet du Capitole, vient du souhait partagé par Christophe Ghristi, directeur artistique du Théâtre du Capitole, de compléter la fin de la saison du Ballet du Capitole par une soirée effervescente d’au moins trois créations. Elle affirme le désir du Ballet du Capitole d’une rencontre avec trois chorégraphes actuels en appréciant l’enjeu de l’inconnu». Yasmeen Godder développe «un langage à la fois singulier et universel où le corps devient matière à toutes les transformations, sous le regard d’un public dont la fonction et les émotions sont constamment questionnées.» Roy Assaf, après avoir été un magnifique danseur, est un chorégraphe aujourd’hui reconnu internationalement. Hillel Kogan, assistant depuis douze ans d’Ohad Naharin à la Batsheva Dance Company, a quant à lui connu une ascension fulgurante en France avec sa pièce We Love Arabs. «Hillel Kogan offre une certaine vision du monde avec une totale indépendance et un réel engagement. L’approche du corps, souvent féminine, de Yasmeen Godder, met la danseuse dans le jeu sensible et furieux d’états de corps proches de la performance. Roy Assaf est loué pour sa chorégraphie sincère et réfléchie qui révèle une physicalité et une fragilité humaine. Un vent de danse soufflera de Tel Aviv à Toulouse !», conclut Kader Belarbi.

Agnès Izrine, La Terrasse, 23 février 2018