21 > 23 novembre

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Laila Soliman [Egypte]

DOSSIER DE PRESSE

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Laila Soliman [Egypte]

Bien sûr que personne ne détient toute la vérité, il devrait y avoir des récits multiples, et celui du simple citoyen ne devrait pas être laissé de côté.

laila Soliman

Il y a presque cent ans, pendant l'occupation britannique, le petit village égyptien de Nazlat al-Shobak est attaqué par des soldats. Un tribunal militaire est convoqué pour enquêter sur les allégations des villageois selon lesquelles l'armée aurait pillé et incendié Nazlat al-Shobak, terrorisé ses habitants et exécuté cinq notables du village. Parmi les témoins appelés à témoigner, une douzaine de femmes violées par des soldats britanniques. Au cours des mois suivants, le mouvement nationaliste reprend l’histoire de ces femmes, dans leurs slogans et leurs brochures. Avant qu’elle ne soit balayée par le discours politique de l'indépendance, et ne sombre dans l’oubli…
Prenant comme point de départ les transcriptions de l'enquête Nazlat al-Shobak, piochées dans les archives de l’ennemi – le Foreign Office britannique, Zig Zig rejoue ce moment historique, et remet en lumière les témoignages des femmes égyptiennes qui ont bravé l'humiliation devant les tribunaux de l’époque. Jouant du trouble entre la révolution de 1919 et celle du récent Printemps arabe, entre les viols – courageusement documentés – commis par l’occupant militaire, et ceux – honteusement tus – de la place Tahrir ces dernières années, les cinq interprètes (dont un musicien) disent, chantent et surtout interrogent cette « culture du viol » contemporaine qui condamne les femmes au silence plus sûrement que n’importe quel tribunal.

Théâtre
21 > 23 Novembre
mar 21 nov / 20:00mer 22 nov / 20:00jeu 23 nov / 20:00
théâtre Garonne
durée 1h30
de 10 à 25 €
Zig ZigGénérique

en arabe et anglais surtitré

avec Mona Hala, Reem Hegab, Sherin Hegazy, Zainab Magdy, Nancy Mounir
production, direction d'acteurs et lumières Ruud Gielens
production Ebtihal Shedid
régie Omar Madkour
recherche historique Katharine Halls
consultant en décor Nagy Shaker
costumes Lina Aly
traduction anglaise Katharine Halls
traduction arabe Shadi El Hosseiny
production SHISH/ Bruxelles-Le Caire

production SHISH / Bruxelles - Le Caire
Production déléguée pour la tournée en France Nouveau théâtre de Montreuil – centre dramatique national

coproduction Bureau de la coopération internationale de l’ambassade de Suisse en Egypte (Le Caire), HAU (Berlin), Kaaitheatre (Bruxelles), Forum Freies Theater (Düsseldorf), BIT Teatergarasjen (Bergen), Zürcher Theater Spektakel (Zürich), D-CAF (Le Caire), Nouveau théâtre de Montreuil, centre dramatique national
un projet House on Fire
avec le soutien de Mahatat for Contemporary Art / Le Caire, 15/3 Studios / Le Caire, Goethe-Institut / Le Caire , l’Onda pour la tournée française d’octobre et novembre 2017

créé en avril 2016 au Downtown Contemporary Arts Festival, Le Caire

Laila SolimanPortrait

Née   en   1981, Laila Soliman, auteure  et  metteure  en scène égyptienne, vit et travaille au Caire. Elle développe un théâtre documentaire social et politique, qui revisite l'histoire et l'actualité de son pays.
Elle a réalisé : The   Retreating   World  (2004), Ghorba, images of alienation (2006), Egyptian Products (2008), ...At your service! (2009), Spring Awakening in the Tuktuk  (2010), Lessons in Revolting (2011)  et No Time for art (2011), une série théâtrale documentaire sur la violence policière et militaire intitulée. En 2008, elle est dramaturge sur le projet de théâtre documentaire Radio Muezzin de Stefan Kaegi (Rimini Protokoll), toujours en tournée internationale.

2004
The   Retreating   World 

2006
Ghorba

2008
images of alienation Egyptian Products

2009
...At your service!

2010
Spring Awakening in the Tuktuk

2011
Lessons in Revolting
No Time for art

Zig ZigEntretien

Comment est-ce que tout a commencé ?
Lorsque j’ai commencé à faire des recherches pour mon précédent spectacle, Hawad El Horreya - Whims of Freedom, je ne connaissais presque rien de la Première Guerre mondiale en Egypte ni de ce qui s’était réellement passé dans mon pays sinon le récit national que nous étudions en classe sur la révolution de 1919 et ses causes.
Un des livres les plus passionnants que j’ai lu pendant la période de recherche et les répétitions est Ordinary Egyptians de Ziad Fahmy. Ce livre ainsi que d’autres ouvrages attirèrent mon attention sur la quantité de documents qu’ils citaient provenant des Archives des Affaires étrangères de Londres, ce qui signifie que notre ancien colonisateur a gardé de nombreuses traces de l’ère coloniale. Ces documents partagent la même vision de ce qui se passait dans les villes et villages à l’époque et s’opposent radicalement aux récits romantiques écrits plus tard, sous Nasser, sur la période.
Un exemple du type de documents que j’ai découvert un peu par hasard aux Archives des Affaires étrangères de Londres, parce que j’avais relevé son numéro de dossier dans une bibliographie, est une enquête sur le viol. Le dossier comprenait cent pages de rapports et d’enquêtes sur les violences perpétrées par les britanniques dans les villages. J’ai reçu les documents dans la dernière phase des répétitions et, pour tout vous dire, si je les avais récupérés plus tôt, le spectacle aurait été intégralement basé dessus.

Pourquoi ce spectacle aujourd’hui ?
Le 30 juin 2013, le jour où l’armée a pris le pouvoir et destitué le président Morsi, je n’ai rallié aucun des deux camps militaires ou islamiste. Pour éviter un combat que je ne considérais pas être le mien, j’ai préféré me rendre utile et j’ai rejoint l’OpAntiSH (Operation Anti Sexual Harassment), une association de défense des droits civiques qui faisait de la prévention contre le viol pendant les grandes manifestations de la place Tahrir au Caire.
J’avais bien trop peur pour m’aventurer sur la place avec les groupes de l’association qui sauvaient les femmes des viols et agressions massifs. Donc pendant des heures et parfois des jours, j’attendais clandestinement dans la voiture jusqu’à ce qu’ils amènent les femmes en douce et je les conduisais chez elles ou à l’hôpital si elles étaient blessées ou nécessitaient d’être examinées. Une grande partie de ces femmes refusaient d’être examinées ou reconduites chez elles pour que leur famille et leur mari n’apprennent pas ce qui leur était arrivé, et ce d’autant plus que certaines étaient allées faire la fête place Tahrir sans prévenir les hommes de leur entourage.
Donc quand je suis tombée sur les enquêtes à propos des paysannes violées par les soldats britanniques en 1919, j’ai été très surprise de voir que les femmes témoignaient aux côtés de leur famille contrairement aux femmes d’aujourd’hui qui se montraient rétives à porter plainte pour viol à cause d’une honte personnelle et familiale très profonde. Les enquêtes ont fait voler en éclats certains mythes de la culture Arabo-islamique qui considère le viol comme une honte que la femme doit taire. Il était aussi fascinant de voir les mécanismes jouant en la faveur ou contre les violeurs qui, à nouveau, contredisent les connaissances superficielles que nous avons de la période. Comme ces documents ne sont pas connus des égyptiens, il devient urgent de les faire connaître, ce qui peut aussi être un moyen, en entr’apercevant le passé, de questionner le présent.
Le taux de violence et de cruauté dont j’ai été témoin pendant ces jours de volontariat pour l’OpAntiSH m’ont fait réfléchir aux raisons qui poussent au viol et à la violence envers les femmes davantage qu’elles m’ont terrifiées. Je me suis intéressée au cœur du problème du viol et de ce qui le motive. Je me suis intéressée au lien entre viol et sexualité, au fait que ce n’est pas un phénomène local exclusivement associé à la ségrégation sociale entre hommes et femmes. Une étude américaine a par exemple montré qu’un « tiers des étudiants à l’université serait prêt à commettre un viol s’il était sans conséquences ». Une question reste pour moi sans réponse après tous les articles, ouvrages et études que j’ai lu : qu’est-ce qu’il y a de si excitant pour un homme à violer une femme ?

A propos du nouveau projet
Ces cinq dernières années, mon travail s’est concentré sur des questions de représentation, de réalisme et d’authenticité sur scène, élaborant différentes formes docu-fictives ou documentaires. J’ai aussi été absorbée par des méthodes alternatives d’écriture historique et de mise en scène de ceux qui vivent en marge de la société.
Nous avons eu accès aux enquêtes sur les viols et les violences des Archives des Affaires étrangères de Londres relativement tard mais la seule page que nous avons utilisé pour Hawad Elhorreya s’est avéré être un des éléments les plus théâtralement intéressants. J’estime avoir fait le gros de mes recherches à l’occasion de mon précédent projet et j’ai hâte de me plonger dans ces 100 pages d’enquêtes avec cinq actrices qui joueront les rôles masculins et féminins.

Zig Zig

Extrait de dialogue
Q. Combien de soldats sont entrés dans la pièce ?
R. Je ne sais pas s’ils étaient nombreux ou pas.
Q. Y en avait-il plus d’un ?
R. Je me suis tout de suite effondrée et évanouie. J’ai seulement remarqué celui qui était sur moi.
Q. Combien de temps le soldat est-il resté sur vous ?
R. Je n’en sais rien, ça a duré longtemps.
Q. Quand avez-vous parlé de tout ça à votre mari ?
R. Une fois que j’ai pu reprendre mes esprits, plus de 15 jours après.

Zig ZigPresse

Le titre de la pièce reprend l’expression que les soldats britanniques utilisaient en 1919 à l’occasion des viols qu’ils commettaient dans des villages égyptiens. C’est le mot que les femmes ont retenu et qui est consigné dans les dossiers judiciaires. Dans l’histoire de l’Egypte, 1919 est une année de révolution – tout comme 2011 l’a été. Bien que la pièce soit basée sur des documents judiciaires, l’épure du plateau stylisé et l’atemporalité des costumes tendent à universaliser le propos et interrogent le fait qu’en un siècle rien n’a tellement changé.
« Qu’on dit les soldats lorsqu’ils ont forcé la porte de votre maison ? » demande le juge à une des jeunes victimes. Elle réfléchit un moment puis dit, « Ma belle-mère leur a offert deux oies mais ils ont répondu "On veut Zig Zig" ». Le contre-interrogatoire imposé aux témoins les acculent jusqu’à ce qu’elles ne sachent plus quoi dire.

Susan Schanda, Quantara.de, 5 sept 2016